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Les Vagues de l'Âme
mercredi 02 décembre 2009, a 15:22
Al-Fatiha (L'ouvrante)
 




1- Au nom d'Allah, Le Tout Miséricordieux, Le Très Miséricordieux

2- Louanges à Allah, Seigneur de l'univers.

3- Le Tout Miséricordieux, Le Très Miséricordieux,

4- Maître du Jour de la rétribution.

5- C'est Toi (Seul) que nous adorons, et c'est Toi (Seul) dont nous implorons secours.

6- Guide-nous dans le droit chemin,

7- Le chemin de ceux que Tu as comblé de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés.


Âmin

dimanche 29 novembre 2009, a 14:51
Lumière
 






Allah est la lumière des cieux et de la terre !

Sa lumière est comparable à une niche

Où se trouve une lampe.

La lampe est dans un verre;

Le verre est semblable à une étoile brillante.

 

Cette lampe est allumée à un arbre béni:

L'olivier qui ne provient

Ni de l'orient,ni de l'occident

Et dont l'huile est près d'éclairer

Sans que le feu la touche.

 

Lumière sur lumière !

Dieu guide,vers Sa lumière,qui il veut.

Dieu propose aux hommes des paraboles.

Dieu connait toute chose.

 

Sourate:(La lumière , XXIV,35)











mardi 03 novembre 2009, a 22:10
Les vagues de l'âme
 






Tantôt telle une douce brise effleurant le coeur,entrainant l'âme assoiffée de l'absolu vers les sources de l'amour dans toute son immanence,là où s'abreuvent de beauté,des êtres oniriques.

 

Tantôt comme un feu consumant le coeur,incitant l'âme tel un phalène,à venir s'immoler dans ce brasier de l'amour dans un bonheur voluptueux et infini.


Tantôt comme une prière caressant le coeur,élevant l'âme vers les hautes sphères d'un amour au delà de l'amour,ce “ISHQ” dont seuls les soufis et quelques initiés détiennent le secret.


Elle peut être de Rûmi,ou Hallaj,ou Attar,ou Hâfez,ou Sâadi,ou Emré,ou Ibn al Fared,ou de votre humble serviteur,ou distillée par toute autre âme ayant goûté à la source de l'amour,car comme disent les soufis:”seul celui qui a goûté,sait”,sinon comment pourrait-on parler du goût du miel sans  avoir eu sa saveur sur notre palais auparavant?.


Elle peut faire de ta vie un maillon d'éternité tout en restant lucide dans le coeur du délire;elle t'insufflera la force d'aimer au point de ne plus rien savoir faire d'autre,aimer et encore aimer, jusqu'à rendre jaloux les anges eux mêmes;car c'est en l'amour que toute laideur se découvre une beauté.


S'ouvrir à cette douce brise d'amour c'est humer le parfum Divin que toute âme dégage,c'est se révéler à soi même,car si  l'homme pouvait faire abstraction du monde éphémère qui l'entoure , durant un seul instant de sa vie et aller à la rencontre de cet autre en lui,il découvrira que c' est un être Divin qui s'ignore.


Telle est cette poésie que charrient les vagues de mon âme , déferlantes sur les rivages de ces pages,laissant après chaque reflux,des coquillages de mots,des secrets en anémones,des sagesses des grands fonds.


Toi qui passe sur ces rivages,sois(es) le(a) bienvenu(e),tes traces resteront à jamais inscrites sur mon sable,et si tu le désire, prends un coquillage et met le sur l'oreille de ton coeur afin d'écouter les remous secrets des vagues de l'âme………


Angelheart





dimanche 24 janvier 2010, a 16:21
Sainte Montagne
 






"
Nous ne vivons que pour découvrir la beauté.Tout le reste n'est qu'attente"
(Khalil Gibran)



Sainte montagne
Lorsque tes cimes enneigées scintillent
Sous les rayons du soleil matinal
Une fascination étrange
Prend place en mon coeur
Et soudain tout devient possible
Ton pouvoir est indéniable
Ta beauté me laisse sans voix
Biblique devient ton attirance
Me laissant ainsi reposer
Sur ma propre insignifiance
Le regard perdu dans tes brumes
Silencieux et oubliant des saisons
Admirant tes mots de lumière
Qui s'écoulent de la vallée des créations
Jusqu'à l'océan de l'éternité
Ton doux appel me parvient
Meublant ma solitude
Interpellant mon âme:
Va
Marche
Oublies tout ce que tu as vu
Oublies aussi tout ce que tu as entendu
Oublies tout ce que tu as souffert
Et tout ce qui a été pour toi réjouissances
Car tout est illusions et ombres
De ce qui existe de l'autre côté
Car le but c'est l'autre côté de la montagne
Tu en ignores les splendeurs
Tu en ignores les vastes prairies verdoyantes
Tu en ignores toutes les joies terrestres
Résumées en une
Tu en ignores les sources vives
Qui inventent l'eau à chaque instant
Et chaque puits n'est que le reflet
De cette eau que tu n'as encore jamais bue
Ces splendeurs et cette eau
Justifient à elles seules
Toutes les souffrances ici bas
Cette montagne c'est l'Amour
Plus fort
Que l'amour de toutes les femmes
De toutes les mères
Elle est la vie réunissant l'écheveau
De toutes les vies épars
Sur la surface des mondes
Viens plus près
Toi et moi sommes un en esprit
Abandonne toi au silence
Avance
Nu et solitaire
Dans la liberté de ton coeur
Tu es mon rêve
Et je suis ton éveil
A travers toi
Je me pare de beauté
A travers moi
Tu es au delà de tout ce qui peut être.
Grisé par cet appel
J'avançais
Dans ce temple de la nature
Tout en ce lieu vibrait
Telles les cordes d'un violon
Sous l'archer d'un maître
De sa grâce éthérée
Le temps me transporta au delà de l'espace
Chacun de mes pas semant une prière
Dans ce sanctuaire de beauté
Derrière moi vacillantes
Entre espoir et Amour
Commencent à s'estomper
Les lumières de mon passé clandestin.



Angelheart







dimanche 24 janvier 2010, a 15:58
La caravane humaine
 





J'ai connu dans ma vie qui s'étire déjà pas mal quelques grands vivants.
Ils n'étaient pas tous célèbres, loin de là.
Mais ils avaient tous assez d'amour dans le coeur pour en donner à beaucoup.
Ils n'avaient pas tous un épais portefeuille, tant s'en faut.
Mais ils avaient tous une grande passion dans l'âme qui donnait du sens
à tout ce qu'ils faisaient.

Ils n'étaient pas tous très instruits, oh non !
Mais ils avaient tous développé une sagesse en leur esprit
qui en faisait de merveilleux conseillers.
Ils avaient souffert, souvent même beaucoup
maladies, échecs, abandons, trahisons.
Mais jamais, ils ne s'étaient laissés abattre.
Toujours, ils avaient rebondi devant l'épreuve.

Ils avaient compris depuis longtemps
que donner est plus agréable que recevoir,
qu'écouter est plus intéressant que parler,
qu'admirer est plus utile que condamner.
Ils avaient découvert que l'intelligence sans le coeur est bien malcommode
et que le coeur sans les mains ne vaut guère mieux.

Ils avaient trouvé aussi, souvent péniblement,
que la vraie vie ne se vit pas tout seul.
Il y a les autres sur qui on peut s'appuyer.
Ils avaient tous gardé un sens de l'émerveillement peu commun.
Capables de se pâmer devant une rose fraîchement éclose
Autant que devant le sourire d'un enfant ou les mains ridées d'un vieillard.
Ils étaient ardent à l'ouvrage et fervents pour l'amour.

Ils avaient la force des départs et le courage des recommencements.
Ils avaient du coeur au ventre et aussi plein les mains.
Il émanait de leur personne une sorte de magnétisme
qui donnait le goût de faire un bout de chemin avec eux.
Leur seule présence inspirait confiance.
Ils dégageaient beaucoup d'amour.
On était bien avec eux.

A les voir, on avait le sentiment d'être meilleur.
A côté d'eux, on avait envie de grandir.
Ils avaient du feu dans les yeux et dans le coeur.
Et certains, au cours du voyage, avaient rencontré Dieu
qui avait éclairé leurs pas, guéri leurs blessures et réchauffé leurs froidures.
Bref, ils avaient le goût de vivre et ils donnaient le goût de vivre.

Mais j'en ai connu d'autres qui avaient perdu ce goût de vivre
et qui traînaient à pas lents une vie lourde de misères.
Grands blessés, oubliés, déprimés, angoissés, perdus.
Ce n'était pas toujours de leur faute.
Ils ont excité en moi la pitié, puis la compassion, et enfin l'amour.
Je leur ai voué une bonne partie de ma vie.

Ils sont devenus des maîtres pour moi
et je compte parmi eux quelques-uns de mes meilleurs amis.
Et, il faut le dire, j'en ai connu enfin qui enlevaient aux autres le goût de vivre,
qui utilisaient les gens plutôt que de les aimer.
Mesquins, égoïstes, ambitieux, hypocrites, veules, jaloux, jugeurs, exploiteurs.
Eux aussi n'étaient pas toujours coupables.
Ils m'ont souvent donné l'envie de vomir quand ils croisaient ma route.
Peu à peu, cependant, ils m'ont appris la compréhension, la bonté
et surtout le pardon.
Dans la caravane humaine, il y a toutes sortes de marcheurs
Des leaders et des suiveurs, des infatigables et des fatigués,
Des joyeux et des tristes, des bons vivants et des agressifs,
Des grands, des moyens, des petits, des fins et des pas-fins, des forts et des faibles...
Les uns courent, d'autres s'essoufflent à rien,
d'autres s'assoient sur le bord de route, d'autres enfin rebroussent chemin.

Mais tous sont portés ou emportés par cette marée humaine.
Tous, même sans le savoir, sont avides d'amour, sont assoiffés de vie.
Ils veulent VIVRE.
Ils portent en eux, comme le trésor le plus précieux, cet acharnement à vouloir vivre.
Qui leur a rivé au coeur ce goût de vivre, dîtes-le moi
Je ne serais pas surpris que ce soit
Celui qui est la vie
Celui qui a brisé les chaînes de toutes nos morts afin que nous puissions
vivre toujours."


Jules Beaulac





dimanche 24 janvier 2010, a 15:15
Les sept vallées d'Al Ghazâli
 





Au Moyen Age, les oeuvres d'al Ghazzali (surnommé : la preuve de l'Islam) étaient si estimées dans la chrétienté que certains ecclésiastiques le prenaient pour un écrivain chrétien de sainte doctrine. En fait, al Ghazzali était non seulement un mystique soufi «expérimental », mais également un ancien professeur de théologie islamique de l'académie Nizamia de Bagdad.


Dans les passages que nous (Idries Shah) avons extraits du Minhaj al Abidin (la Voie des Adorateurs ou la Grand Route de la Soumission), al Ghazzali décrit les expériences par lesquelles passe le chercheur et l'ascèse à laquelle il se soumet dans ses efforts d'adoration et de soumission à la volonté de Dieu.

Citons ce commentaire d'un érudit chrétien :


Un autre écrivain dont l'oeuvre eut une grande influence sur l'Occident fut Algazel (Abu Hamid ibn Muhammad al Tusi al Ghazzali, 1058 1111). Il était surnommé Hujiatu el Islam, « La Preuve convaincante de l'Islam », et il vécut une vie riche et variée au contact de tous les mouvements intellectuels et religieux importants de son temps. Il fut tour à tour philosophe,  de tradition scolastique, sceptique et mystique. D'une sincérité indiscutable et d'une grande rigueur morale, il fut l'un des rares de sa génération à s'être constamment efforcé de réveiller le zèle et le sens moral de ses coreligionnaires. Il a acquis dans l'Islam une position comparable à celle de saint Thomas d'Aquin dans la chrétienté. Quand on lit ses traités théologiques, on a du mal à se rappeler que l'auteur est un musulman [1]


Voici le passage décrivant les Sept Vallées, inspiré de la propre expérience de Ghazzali. Le livre dont il est tiré, écrit au II siècle, est considéré comme un manuel d'enseignement mystique.


LES SEPT VALLÉES

Sache, Ô mon frère, que l'adoration est le fruit de la connaissance, le bénéfice de la vie et le capital des vertus. Les hommes aux nobles aspirations ont pour but et objectif d'atteindre à une vision intérieure pénétrante. C'est leur « summum bonum » et leur Paradis éternel. « je suis votre Créateur », dit le Coran. « Adorez moi. Vous serez récompensés et vos efforts ne seront pas vains.»


Pour l'homme, l'adoration est donc essentielle, mais elle est entourée de difficultés et d'épreuves. Le chemin qui y mène est tortueux, semé d'obstacles, plein de traquenards et de coupe gorge, hanté de mauvais génies. Par contre, l'aide est rare et les amis peu nombreux. Mais il faut que ce chemin soit dangereux, car, dit le Prophète . « Le Paradis est entouré de souffrances et cerné de tribulations, alors que l'Enfer abonde en plaisirs faciles et qu'y règne la libre jouissance des passions. » Pauvre homme ! il est faible, ses obligations sont lourdes, les temps sont durs et la vie est courte. Mais le voyage d'ici bas à l'au delà est inévitable et s'il néglige de prendre avec lui les provisions nécessaires, il est sûr de périr. Mesurez la gravité de la situation. Par Allah, notre sort est pitoyable, certes, car beaucoup sont appelés et peu sont élus.


Lorsque j'ai découvert que le chemin de l'adoration était si difficile et si dangereux, j'ai décidé d'écrire certains ouvrages dont le Ihya ulum iddin, où j'ai indiqué les méthodes et les voies qui permettent de surmonter ces difficultés, d'affronter hardiment les dangers et de parcourir le chemin avec succès. Mais certains n'ont voulu voir que les formes extérieures de mon oeuvre, et n'en ont pas compris le sens caché, le but profond ; non seulement ils ont rejeté [2] le livre mais ils l'ont traité d'une manière indigne de musulmans. Mais je ne me suis pas découragé. Le Coran lui même n'a t il pas été ridiculisé et qualifié de « contes pour enfants » ? Je ne me suis pas senti offensé non plus ; j'avais pitié d'eux car ils ne savaient pas ce qu'ils se faisaient à eux mêmes. Maintenant, je hais les débats, mais je dois faire quelque chose pour ces hommes. Donc par compassion pour mes frères, je prie Dieu de m'éclairer  de façon à ce que je puisse entreprendre cette tâche autrement.


Ecoutez donc ceci : ce qui est nécessaire avant tout pour réveiller l'homme de la léthargie où l'a plongé l'oubli, et l'orienter vers le chemin, c'est la grâce de Dieu, qui incite l'esprit à méditer ainsi :


« Je suis le réceptacle de tant de dons la vie, le pouvoir, la raison, la parole et je me trouve mystérieusement protégé de bien des soucis et de bien des maux. Qui est mon bienfaiteur ? Qui est mon sauveur ? Je dois trouver la juste manière de lui prouver ma reconnaissance, sinon les dons seront repris et je serai détruit. Ces dons révèlent leur dessein, tout comme les outils aux mains d'un artisan, et le monde m'apparaît comme une oeuvre d'art qui élève mes pensées vers le peintre, »


La Vallée de la Connaissance

Le monologue intérieur conduit le chercheur jusqu'à la Vallée de la Connaissance, où la foi implicite dans le Messager divin montre la voie et lui dit :

Le Bienfaiteur est l'Unique qui n'a pas d'associé. Il est ton Créateur omniprésent, bien que caché, dont il te faut suivre intérieurement et extérieurement les commandements. Il a fait en sorte que l'homme bon soit récompensé et le méchant puni. C'est maintenant à toi de faire le choix, car tu es responsable de tes actions. Acquiers la connaissance sous la direction des ulémas qui craignent Dieu, avec une conviction qui ignore l'hésitation.

Lorsqu'il a traversé la Vallée de la Connaissance, l'homme se prépare à l'adoration, mais sa mauvaise conscience lui fait des reproches en disant : « Peux tu frapper à la porte du Sanctuaire ? Eloigne toi car tu es chargé d'abominations ! »


La Vallée du Repentir

Le pauvre pêcheur tombe dans la Vallée du Repentir, lorsqu'il entend une voix lui dire : « Repens toi, repens toi ! car ton Seigneur est Pardon. » Là il reprend courage et se relève tout joyeux pour continuer.


La Vallée des Obstacles

Puis il arrive dans une vallée rocailleuse où se trouvent quatre écueils principaux : les tentations du monde ; les séductions des gens; Satan, le vieil ennemi ; l'ego immodéré. Pour venir à bout des difficultés, il doit avoir recours à quatre contre forces : mener autant que possible une vie retirée ; éviter de fréquenter n'importe qui ; lutter contre le vieil ennemi, et se contrôler au moyen de la piété.

Rappelons que les quatre contre forces doivent affronter quatre autres problèmes psychologiques qui sont :

1)   l'angoisse de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins du fait de la retraite

2)   les doutes et les inquiétudes à la pensée que les problèmes personnels puissent venir troubler la tranquillité d'esprit

3)   les soucis et les difficultés qui résultent du manque du manque de contact social car lorsque l'homme désire servir son Dieu,       Satan l'attaque ouvertement et secrètement de tous côtés

4)   les événements désagréables et les souffrances inattendues tissées par son destin


La Vallée des Tribulations

Ces problèmes psychologiques jettent le pauvre adorateur dans la Vallée des Tribulations, Dans cet état, l'homme se protège par :

1)    la confiance en Dieu pour sa subsistance

2)    l'invocation de Son aide lorsqu'il est réduit à l'impuissance

3)    la patience dans les souffrances

4)    la soumission joyeuse à Sa Volonté.


La Vallée des Orages

En traversant cette redoutable Vallée des Tribulations, l'homme pense que le voyage ne sera pas facile mais, à sa stupéfaction, il découvre que le service est inintéressant, que les prières sont méca­niques, et que la contemplation est sans attrait. Il est indolent, mélancolique et stupide. Perplexe, déconcerté, il entre alors dans la Vallée des Orages. L'éclair fulgurant de l'Espoir l'éblouit et il tombe en tremblant lorsqu'il entend le son assourdissant du ton­nerre de la Crainte. Ses yeux noyés de larmes imitent les nuages, et ses pensées pures sont comme des éclairs. En un instant se résout le mystère de la Responsabilité humaine, avec ses récompenses pour les bonnes actions et ses punitions pour les actes mauvais. Dorénavant, son adoration ne se fera plus du bout des lèvres et son travail quotidien ne sera plus une besogne fastidieuse. S'élevant vers les hauteurs, il volera sur les ailes de l'Espoir et de la Crainte.


La Vallée Insondable

Le coeur léger, d'humeur joyeuse, il poursuit sa route lorsque soudain apparaît la Vallée Insondable. En approfondissant la nature de ses actes, il s'aperçoit que ses bonnes actions étaient motivées par le désir de gagner l'approbation de ses compagnons, ou par l'orgueil. Il voit d'un côté le monstre à tête d'hydre de l'hypocrisie, et de l'autre l'ensorcelante Pandore de la Vanité, avec sa boîte ouverte. Rempli de désespoir il ne sais que faire lorsque, enfin, l'Ange de la Sincérité émerge des profondeurs de son cœur et le prend par le bras et l'aide à traverser la Vallée.

Il exprime sa gratitude pour la faveur Divine et continue d'avancer, lorsqu'il est envahi par la pensée des multiples faveurs reçues par son être indigne, et de son incapacité à témoigner pleinement sa reconnaissance.


La Vallée des Hymnes

Voici maintenant la Vallée des Hymnes où, mortel, il s'est efforcé de chanter les hymnes de louange à l'Être Immortel. La Main Invisible de la Miséricorde Divine a alors ouvert la Porte du jardin d'Amour ; il y est poussé corps et âme, car tous les deux ont directement et indirectement joué leur rôle. ici s'achève le Voyage.

L'Adorateur vit maintenant parmi les hommes comme un voyageur, mais son coeur vit en Lui dans l'attente de répondre à l'ordre final,  « 0 âme, sois en paix ! Retourne auprès de ton Seigneur tout à fait satisfaite ! Et reste parmi Mes Serviteurs ! Et entre dans Mon Paradis. » (Coran, sourate 89, al Fajr (L'aurore) )




Extrait de :

L'éléphant dans le noir

Idries Shah



[1] Alfred Guillaume, « Philosophie et Théologie », dans Legacy ot Islam, de A. Guillaume et Thomas W. Arnold, New York, Oxford University Press, 1968, p. 269 sq.

[2] Du vivant de Ghazzali le livre fut brûlé publiquement sur la place du marché par les ulemas (théologiens islamiques) d'Espagne, patrie de l'Inquisition.







dimanche 24 janvier 2010, a 13:20
Le marchand et le derviche farangi
 





L'un des maîtres spirituels musulmans le mieux connu en Occident est, bien sûr, Jalaluddin Rumi(1207-1273), mystique et poète dont les disciples étaient chrétiens, juifs aussi bien que musulmans. On trouve dans le Munaqib al-Arifin (les Actes des Adeptes) d'Aflaki l'histoire du marchand persan qui était en quête de la sagesse et devant lequel Rumi opéra une étonnante démonstration.


Cet homme originaire de Tabriz vint à Konya (alors appelé Roum), en Turquie d'Asie, à la recherche d'un enseignement spirituel. Il apportait avec lui une offrande de cinquante dinars. Aflaki poursuit :


Lorsqu'ils arrivèrent au collège, Jâlal (Rumi) était seul, dans la salle de conférence, plongé dans l'étude de quelques livres. Tous le saluèrent et le marchand se sentit comme subjugué à la vue du maître ; il fondit en larmes et ne put dire un mot. Jâlal s'adressa alors à lui en ces termes :


« Les cinquante dinars que tu as apportés en offrande sont acceptés… Les pertes que tu as subies, et qui te préoccupent, sont dues au fait qu'un jour, alors que tu te trouvais dans le pays des Francs occidentaux, tu t'es rendu sur la place d'une certaine ville : là, tu as vu un pauvre, un Farangi (Européen), l'un des plus grands parmi les saints chéris de Dieu, allongé dans un coin du marché. Lorsque tu es passé, tu as craché sur lui et tu as montré de la répulsion, Son coeur fut blessé par ton geste et ta conduite. De là viennent les épreuves qui t'ont affligé. Va, fais la paix avec lui, demande-lui pardon et transmets-lui notre salut. »


A ces mots, le marchand fut pétrifié. Jelal lui demanda alors :

« Veux-tu que nous te le montrions ? » Sur ces mots, il posa la main sur le mur et dit au marchand de bien regarder. Instantanément, une porte s'ouvrit dans la muraille et le marchand aperçut alors cet homme endormi sur une place du marché, en Europe. A cette vue, il baissa la tête et déchira ses vêtements, s'éloignant de la sainte présence dans un état de stupeur. Il se souvint de tous ces événements comme s'il s'était agi de faits.


Il commença aussitôt ses préparatifs et se mit en route sans tarder vers la ville en question. Quand il l'eut atteinte, il s'enquit du quartier où il désirait se rendre, et de l'homme qu'il avait offensé.


Il le trouva endormi, tel que Jâlal le lui avait montré. Le marchand descendit de sa monture, et salua le derviche Farangi prostré sur le sol, qui s'adressa immédiatement à lui en ces termes : « Que faire ? Notre Maître Jâlal ne me laisse pas faire; j'aurais tant voulu te faire voir le pouvoir de Dieu et te faire connaître qui je suis. Mais maintenant, approche ! »


Le derviche Farangi attira le marchand sur son coeur, l'embrassa à plusieurs reprises sur les deux joues, puis il ajouta : « Regarde maintenant. Puisses-tu voir mon Seigneur et Maître, mon Guide spirituel, et être témoin d'un prodige. » Le marchand regarda et il vit le Maître Jelal transporté par la danse et la musique sacrées il chantait cet hymne :

« Son royaume est vaste et pur; chacun y trouvera sa juste place ;
Que tu sois cormaline, rubis, motte de terre ou caillou sur Sa montagne
Si tu crois, Il te cherche ; si tu ne crois pas, Il te purifie dans la joie.

Sois à volonté ici un fidèle Abu-Bekr[1], et là un Farangi[2]. »




Extrait de : Idries Shah, L'éléphant dans le noir


[1]Abu-Bekr, compagnon du Prophète, symbolise ici celui qui observe fidèlement les pratiques de la tendance majoritaire de l'Islam, la sunna. Certains ont affirmé que le «derviche franc» n'était autre que Raymond Lulle de Majorque, dont les écrits témoignent qu'il approuvait les Soufis.






dimanche 17 janvier 2010, a 15:45
Yûsuf ibn al-Hussaïn ar-Râzî
 




" Ayant appris que Dhu'l-Nûn al-Misrî connaissait le Plus Grand Nom de Dieu, il fut rempli de désir et se rendit en Égypte. Arrivé à la mosquée de Dhu'l-Nûn, il prononça la formule de salut et s'assit. Dhu'l-Nûn lui rendit le salut.
Pendant une année entière Yûssuf resta dans un coin écarté de la mosquée, n'osant questionner Dhu'l-Nûn. Au bout d'une année, Dhu'l-Nûn demanda : « D'où vient ce jeune homme ? »
« De Rayy », répondit-il.
   
Pendant une autre année, Dhu'l-Nûn ne dit rien, et Yûssuf continua à occuper le même coin. À la fin de la seconde année, Dhu'l-Nûn demanda : « Pour quelle raison ce jeune homme est-il venu ? »
« Pour te rendre visite », répondit-il.
   
Une nouvelle année, Dhu'l-Nûn resta silencieux. Puis il demanda : « Désire-t-il quelque chose ? ». « Je suis venu pour que tu m'enseignes le Plus Grand Nom », répondit Yûssuf.
   
Dhu'l-Nûn se tut une année encore. Puis il tendit à Yûssuf un récipient en bois recouvert : « Traverse le Nil. En un certain lieu, se trouve un vieillard. Remets-lui ce bol et rappelle toi tout ce qu'il te dira. »
   
Yûssuf prit le bol et se mit en route. En chemin, une tentation s'empara de lui. « Qu'est-ce qui bouge dans ce bol ? » Il le découvrit. Une souris sauta et s'enfuit. Yûssuf fut rempli de désarroi. « Où dois-je aller ? Chez le vieillard, ou dois-je retourner auprès de Dhu'l-Nûn ? »
   
Finalement, il se rendit auprès du vieillard, emportant le bol vide. Quand le vieillard le vit, il sourit. « Tu lui as demandé quel était le Grand Nom de Dieu? » « Oui » « Dhu'l-Nûn a vu ton impatience et t'a donné une souris, dit le vieillard. Dieu soit glorifié! Tu ne peux prendre soin d'une souris. Comment garderas-tu le Plus Grand Nom ? »
   
Plein de honte, Yûssuf retourna à la mosquée de Dhu'l-Nûn. « Hier, j'ai demandé sept fois à Dieu la permission de t'enseigner le Plus Grand Nom, lui dit Dhu'l-Nûn. Dieu ne me l'a pas accordée, ce qui signifie que le temps n'est pas venu. Puis Dieu m'ordonna : « Mets-le à l'épreuve avec une souris. » Quand je l'ai fait, voilà ce qui est arrivé. Rentre à présent dans ta propre ville, jusqu'à ce que vienne le temps. »



Attar
(Le Mémorial des Saints)




 

jeudi 07 janvier 2010, a 15:53
La vieillesse du poète
 





Ma tête a blanchi comme un arbre en fleurs ; mais pour moi, cet arbre produit seulement le fruit du chagrin.

Devant moi, cheveu par cheveu, le miroir a trop reflété ce défaut qu'est la canitie ; je ne veux plus le regarder.

Autrefois, je lisais la nuit, au clair de lune ; je ne le puis plus aujourd'hui, même à la clarté du soleil : grâce aux lunettes de l'Europe, au lieu de deux yeux, j'en ai quatre ; cela même ne suffit pas quand je veux lire le Coran : la vue, ce pur trésor, quitte mes yeux ; le ciel, qui s'amuse de moi, me trompe avec des verres, comme il fait envers les enfants.

Mon oreille était fine au point que par le cœur j'entendais ce qu'autrui racontait en son âme ; mon oreille a faibli : sans l'aide de leurs gestes, je ne comprends plus rien quand mes amis me parlent.

Ma stature est courbée comme un l ; et mon pied, tant que je ne prends pas un bâton droit comme i, est sans vigueur pour cheminer.

Et me voilà débile au point que, par exemple, si ma tête se trouve alourdie de sommeil, mon corps se casse à la ceinture.

Et si ma main ne vient à l'aide de mon pied, m'asseoir et me lever ne me sont plus possibles.

Au faîte de la solitude, comme un oiseau je suis posé ; et maintenant je suis sauvé de ton filet, nature humaine !

Et lorsque je m'envole au ciel d'éternité, l'univers contingent, semblable à la poussière, s'évanouit au vent de mes ailes.

Dans le but d'amasser des biens, pourquoi donc réclamer de l'or ? Dans l'opulence de mon cœur, je me passe de ces trésors.

L'or, ce n'est qu'une pierre ayant pris son éclat à la lumière du soleil ; si donc je me tournais vers l'or, je n'adorerais qu'une pierre.

Si même l'on m'offrait le grain cueilli sur l'épi des Pléiades, et si j'avais pour abreuvoir la source même du soleil, je ne suis pas celui dont l'aile mollirait, tombant du zénith au plus bas, pour prélever ma part de cette eau, de ce grain.

Grâce à la vérité mystique, mon cœur s'enrichit de secrets ; comment paierais-je même une demi-obole les vains propos des philosophes ?

Lorsqu'est déposé devant moi, comme devant Khizr le prophète, l'aliment qui vient du banquet de la science inspirée par Dieu, alors de leurs ailes, les anges autour de moi chassent les mouches. Au cas où ma pensée se plonge dans l'océan de poésie, le tribut des mers, de la terre n'égaleraient qu'une des perles qui sont trouvées par ma pensée.

Au cas où ma plume s'élance dans le parterre de la prose, pour moi, le palmier desséché produit des dattes toutes fraîches.

Dans le verger de dévotion, si quelque arbre porte le fruit de la connaissance (de Dieu), cet arbre, c'est moi-même.

Mais quel intérêt si son fruit, tout bon qu'il est, paraît sans cesse de saveur amère en la bouche des êtres au cœur ténébreux ?



Djâmi

(Hekmat)






jeudi 07 janvier 2010, a 15:42
L'histoire des deux amants
 





Au début du printemps, le calife, à Bagdad, donna joyeux festin sur la rive du Tigre.

Il gardait sous le voile une jeune beauté qui versait en chantant de sa bouche le sucre ; quand pareille à Vénus, elle prenait sa lyre, la lyre de Vénus devait faire silence.

Elle avait à l'égard d'un page du calife, brillant comme un soleil dans le ciel de l'amour, un tel attachement qu'elle en perdait l'esprit.

Ces amoureux étaient enchantés l'un de l'autre — ou plutôt, ils étaient possédés l'un de l'autre.

Mais les cent gardiens qui épiaient leurs gestes ne leur permettaient point d'être l'un avec l'autre.

Cette beauté voilée fut à bout de patience, dans le feu du désir, brûlant de solitude, et faisant sous le voile ouïr sa belle voix tout en l'accompagnant des accords de sa lyre.

Décrivant son amour en une poésie qu'elle mit en musique, elle chanta ceci :

« Ô ciel ! jusquas à quand seras-tu donc perfide, réduiras-tu mon âme, useras-tu ma vie ?

Jamais je ne sentis l'ardeur de ton amour.

D'être si peu aimée de toi, je suis honteuse.

Mieux vaut donc qu'un instant je m'occupe de moi, que je trouve un remède à ma condition. »

Au harem se trouvait une fille charmante qui, comme elle, savait déclamer et chanter.

« Partout des espions te surveillent », dit-elle,

« comment trouveras-tu le remède à tes maux ?

— Voici comment », dit-elle en retirant son voile.

Telle la lune qui se plonge dans le fleuve, comme un poisson, dans l'onde, elle s'abandonna.

Le page se trouvait posté tout près de là : par la séparation son âme était amère.

Quand la jeune beauté se jeta dans le Tigre, il la suivit, liant à son cou ses deux bras ; elle en fit tout autant et tous deux disparurent, fuyant ce qui distingue et le toi et le moi, quittant cet univers fait de dualité. 

Ô Djâmi ! telle est la coutume de l'amour ; tel est l'amour réel ; le reste n'est que haine.

Si tu veux te tourner vers l'océan d'amour, comme ces deux amants, à toi-même, renonce.



Djâmi

(Hekmat)





jeudi 07 janvier 2010, a 13:07
Les trois lumières
 





L'œil (‘ayn) qui est au fond de chaque homme a besoin d'une lumière pour voir le monde dans sa vraie réalité et, surtout, pour percevoir les Réalités divines. Mais tous les sentiers ne sont pas accessibles à tous.


Un jour, alors qu'il était en train d'enseigner sur la notion de Lumière (nour, en arabe), je lui posais une question :
– Tierno, combien y a-t-il de lumières mystiques ?


– Ô mon ami, répondit-il, je ne suis pas l'homme qui a vu toutes les lumières. Je vais néanmoins t'entretenir de trois lumières symboliques :


La première est celle que nous tirons de la matière en la frottant, en la mettant en combustion. Cette lumière ne peut réchauffer et éclairer qu'un espace limité. Elle correspond symboliquement à la foi de la masse des individus peu évolués dans l'échelle mystique. A ce degré, les adeptes ne peuvent aller au-delà de l'imitation (taqlid) et de la lettre. L'obscurité de la superstition les entoure, le froid de l'incompréhension les fait trembler. Ils restent blottis dans un petit coin de la tradition et ils y font le moins de bruit possible. Cette lumière est celle qui anime les croyants lorsqu'ils se trouvent au degré de la foi dite solb (solide).


La deuxième lumière est celle du soleil. Elle est supérieure à la première en ce qu'elle est plus générale et puissante. Elle éclaire tout ce qui existe sur la terre et le réchauffe. Cette lumière symbolise la foi du degré médian dans la voie mystique. Tout comme le soleil, elle dissipe les ténèbres dès qu'elle entre en contact avec elles. C'est une source vivifiante pour toutes les créatures. Elle symbolise les lumières que détiennent les adeptes au degré mystique de la foi dite Sa'ilu (liquide). De même que le soleil matériel éclaire et réchauffe tous les êtres qui, dès lors, sont frères, de même, les adeptes parvenus à la lumière médiane voient et traitent en frères tout ce qui vit sous le soleil et reçoit sa lumière. Ils ne méprisent pas la première lumière, en raison de son rôle préparatoire indispensable, mais ils ne sont plus telles des bestioles qui dansent autour d'une flamme et qui parfois s'y brûlent. La première lumière, tout comme celle qui la symbolise, peut, au gré des circonstances, être éteinte ou rallumée ; elle peut être transportée d'un lieu à un autre ; autrement dit, elle peut changer de forme et de puissance, tandis que la seconde lumière demeure fixe et immuable dans sa pérennité, comme celle du soleil. Elle viendra toujours de la même source et restera égale à elle-même à travers les siècles.


La troisième lumière est celle du centre des existences ; c'est la lumière de Dieu. Qui oserait la décrire ? C'est une obscurité plus brillante que toutes les lumières conjuguées. C'est la lumière de la Vérité. Ceux qui ont le bonheur d'y parvenir perdent leur identité, deviennent ce que devient une goutte d'eau tombée dans le Niger, ou plutôt dans une mer indéfiniment plus vaste en étendue et en profondeur.


A ce degré, Jésus est devenu Esprit de Dieu, Moïse son Interlocuteur, Abraham son ami, et enfin Mohammad (Mahomet) le Sceau de Ses Missions 1.



Tierno Bokar

(Vie et Enseignement de Tierno Bokar)

Amadou Hampaté Bâ




1 : Tous ces qualificatifs appliqués aux prophètes sont tirés du Coran






jeudi 07 janvier 2010, a 12:43
Le petit chien et le paradis
 





Un jour, je m'en allai aux champs, accompagné de mon chien fidèle, ennemi juré des singes dévastateurs des plantations. Le moment était celui des grandes chaleurs d'avril. Mon chien et moi avions si chaud que nous arrivions à peine à respirer. Je m'attendais à ce que l'un de nous deux finisse par tomber en syncope. Enfin, Dieu merci, je vis un tiayki (1) dont les branches serrées offraient une voûte de verdure rafraîchissante.

Mon chien poussa de petits cris de joie et joua des pattes en direction de l'ombre bienfaisante. Quand il l'eut atteinte, au lieu d'y rester il revint vers moi, la langue tirée, la lèvre pendante laissant à découvert ses dents blanches et pointues. A voir ses flancs palpiter frénétiquement, je compris combien il était épuisé.

Je m'avançai vers l'ombre. Mon chien témoigna sa joie. Puis, durant un instant, je fis semblant de continuer mon chemin. La pauvre bête grogna plaintivement mais me suivit quand même, la tête basse, la queue fourrée entre les pattes. Elle était visiblement au désespoir, mais décidée à me suivre, quoi qu'il puisse advenir.

Cette fidélité me toucha profondément. Comment apprécier à sa juste mesure le geste de cet animal prêt à me suivre dans la mort sans aucune nécessité pour lui et sans y être contraint par quoi que ce soit? Il est dévoué, me dis~je, parce qu'il me considère comme son maître. Il me prouve son attachement en exposant sa vie dans la seule intention de me suivre et de rester à mes côtés.

Seigneur, m'écriai-je, guéris mon âme troublée! Rends ma fidélité semblable à celle de cet être que j'appelle dédaigneusement chien. Donne-moi, comme à lui, la force de maîtriser ma vie lorsqu'il s'agira d'accomplir Ta volonté et de suivre, sans demander «où vais-je», le chemin sur lequel Tu me dirigeras!

Je ne suis pas le créateur de ce chien; pourtant, il m'obéit aveuglément et me suit docilement, au prix de mille souffrances qui peuvent lui coûter la vie. Cette vertu, c'est Toi, Seigneur, qui l'en as doté. Donne, donne, Seigneur, à tous ceux qui te le demandent, ainsi qu'à moi, la vertu de l'Amour et le courage de la Charité!

Puis je revins sur mes pas et me réfugiai à l'ombre. Tout heureux, mon petit compagnon vint se coucher devant moi de manière à avoir les yeux tournés vers les miens, comme pour me parler sérieusement. Les deux pattes de devant étendues parallèlement, la tête relevée bien droit, tout en se reposant il m'épiait pour ne pas perdre un seul de mes mouvements.
Quelques minutes plus tard, ni mon compagnon ni moi ne ressentions plus la moindre fatigue.

Ainsi protégé et revivifié par l'ombrage bienfaisant, je me mis à réfléchir. L'ombre procurée par ce feuillage verdoyant et vivant répand, sur toute la surface qu'elle recouvre, un élément vivifiant qui neutralise l'élément irrespirable produit par la chaleur solaire. Un arbre couvert de feuilles mortes ne procure pas le même bien-être, je l'avais maintes fois éprouvé. Il existe donc dans le vert végétal, me dis-je, un principe assainissant nécessaire à l'entretien de la vie de l'homme et de l'animal. Ce principe vivifiant, qui se dégage des végétaux verts sous l'action de la chaleur, me fit songer au paradis, tel qu'il est métaphoriquement décrit dans les versets coraniques.

Le «vert» paradisiaque, songeai-je, n'est autre chose qu'une Réalité spirituelle dont le vert végétal d'ici-bas est l'une des manifestations au niveau matériel. Le rapprochement fit jaillir de mon esprit une flamme brillante de compréhension. Le paradis, tel qu'il est décrit, est un jardin symbolique (2) dont la verdure est éternelle. Cette verdure éternelle atténue
pour nous les rayons de la Lumière divine, trop forte pour être supportée par notre vue. Dans ce jardin spirituel toujours vert, les élus peuvent contempler la Lumière de l'Essence divine et assimiler les effluves de la Source de vie éternelle. De leurs oreilles purifiées de toute lourdeur, ils écoutent la voix de leur Seigneur. Ils entrent ainsi dans l'état de béatitude décrit aux versets 10 et 11de la sourate LXXXVIII:

«Ils seront dans un paradis sublime (un «jardin élevé») où l'on n'entendra aucune parole frivole.»

Frère en Dieu! En attendant la chance de pénétrer dans le Jardin céleste de demain, respecte aujourd'hui le grand jardin que constitue le règne végétal. Garde-toi d'en détruire sans raison la moindre plantule! Elle est une allégorie que Dieu fait sortir de terre pour notre instruction, notre nourriture et notre confort.


Tieno Bokar
(Vie et Enseignement de Tierno Bokar)
Amadou Hampaté Bâ


 

NOTES
1. Balamite: arbre qui conserve son feuillage même à l'époque des grandes chaleurs, quand tous les autres arbres sont dénudés.
2. Le terme coranique pour «paradis» est djennat: jardin.




mardi 05 janvier 2010, a 17:58
Wahdâniyya
 




Ô Dieu,je n'ai jamais prêté l'oreille au cri des bêtes sauvages ni au bruissement des arbres,au clapotement des eaux ni au chant des oiseaux,au sifflement du vent ni aux roulements du tonnerre sans percevoir en eux en témoignage de Ton unité (Wahdâniyya) et une preuve de Ton caractère incomparable.
Tu es le Tout-Puissant,l'Omniscient,le Sage,le Juste,leVrai,en Toi il n'est ni défaite,ni ignorance,ni folie,ni in justice,ni mensonge.
Ô Dieu,je te reconnais dans la preuve de l'oeuvre de Tes mains et dans le témoignage de Tes actes : accorde-moi, ô Dieu,de chercher Ta satisfaction avec ma satisfaction et les délices d'un Père dans son enfant,me souvenant de Toi dans mon amour pour Toi,avec une sereine tranquillité et une ferme résolution.
 
 
Dhû-l-Nûn
Extr. de Anthologie du Soufisme
Eva de Vitray-Meyerovitch





mardi 05 janvier 2010, a 16:20
Certitude
 






"Celui qui marchait dans les ténèbres des nuits observa les étoiles et alluma la lampe,
jusqu'au moment où, la pleine lune dirigeant sa lumière, il délaissa les étoiles et attendit d'être au matin,
jusqu'au moment où, l'obscurité s'étant entièrement dissipée, et ayant vu l'aurore briller à l'horizon,
il délaissa les lampes, toutes les étoiles et la pleine lune, et guetta la lumière éclatante."


Ibn Arabi
(La profession de Foi)





mardi 05 janvier 2010, a 16:13
Où sont-ils ?
 





Mes bien-aimés, où sont-ils ?"
Je t'adjure : "Où sont-ils ?"
En image je les vis,
Me les montras-tu en vrai ?
Maintes fois, maintes fois je les cherche,
Maintes fois je demande leurs faveurs !
Rassuré par la proximité/l'éloignement,
Je crains pour mon anéantissement.
Puisse mon bonheur s'interposer
Entre eux-mêmes et la distance,
Afin que l'oeil en jouisse
Et que cesse : "Où sont-ils ?"


Ibn Arabi
(Le chant de l'Ardent Désir)




mardi 05 janvier 2010, a 15:38
Malamâtiyya
 





"Passions du Vrai qui toutes entières naissent du Vrai
Mais que ne peut atteindre la compréhension des plus grands
Car qu'est-ce que la passion sinon une inclination suivie d'un regard
Lequel propage une flamme parmi ces consciences ?
Si le Vrai vient habiter la conscience
Trois états y redoublent au regard des clairvoyants :
Un état qui anéantit la conscience dans l'essence de sa passion
Puis la rend présente par la passion en état de perplexité
Et un état où toutes les forces de la conscience se nouent
En se tournant vers une vue qui anéantit tout voyant."


Hallaj
(Poèmes Mystiques)



mardi 05 janvier 2010, a 00:35
Station de la connaissance des connaissances
 







Il m'arrêta et me dit :


Prête ton écoute à l'une des langue de mon impétuosité. Lorsque je me découvre à un serviteur, et qu'il me rejette, je retourne comme si j'avais besoin de lui ; ce qui me décide c'est la générosité de mon antécédence, parmi ce que j'ai accordé comme faveur. Et ce qui le pousse à agir de la sorte, c'est le refus qu'il oppose à sa personne dont je suis le maître plus qu'il n'est.



Et s'il me repousse, je retournerai vers lui, et je continuerai à retourner, et lui à me repousser, et repousser ; bien qu'il me voit le plus généreux des généreux. Et je retournerai vers lui bien que je considère le plus cupide des cupides. Je lui créerai une excuse s'il se présente devant moi. Je l'aborderai par la rémission avant l'excuse, jusqu'à ce que je lui dise, en son for intérieur : "Je t'ai affligé." Tout cela afin d'abandonner la vision qui l'aliène à moi, s'il demeure parmi ce en quoi je me suis fait connaître à lui, je serai son compagnon, et il sera mon compagnon ; mais s'il me repousse, je ne l'abandonnerai pas, à cause de son rejet mêlé à son ignorance. Toutefois, je lui dirai : "Tu me repousses bien que je sois ton Seigneur ? Et tu ne me désires pas, ni ne désires ma connaissance." Et s'il répond : "Je ne te repousse pas", je l'accepterai de lui. Et il en sera ainsi : à chaque fois qu'il me repoussera, je lui ferai avouer son rejet. Et à chaque fois qu'il dira : "Je ne te repousse pas", je l'accepterai de lui. Et si cela se reproduit et qu'il avoue : "En effet, je te repousse (bien qu'il ait menti et persisté dans son obstination), j'arracherai mes connaissances de son cœur, et elles s'inclineront vers moi, et je récupérerai ce qu'il y avait de ma connaissance dans son cœur, jusqu'à ce que vienne son jour où je ferai un feu des connaissances qui étaient entre nous deux, feu que j'allumerai sur lui de mes propres mains.

Celui-là c'est l'homme dont le feu jamais ne pourra rivaliser avec l'enfer parce que je me venge de lui pour moi même.


C'est celui dont les gardiens de l'Enfer ne peuvent prêter écoute à aucune des modalités de son supplice, ni aucune des descriptions du mauvais traitement que je lui infligerai. Je rendrai son corps comme l'étendue de la terre dévastée, et je lui placerai mille peaux entre chaque paire de peaux, comme l'étendue de la terre ; puis j'ordonnerai à chaque supplice se trouvant sur terre d'advenir, et il adviendra dans l'intégralité et la spécificité. Et se concentrera en une seule situation et dans chacun de ses membres, tout supplice existant dans l'ici-bas dans sa spécificité et dans ses multiples modalités. En raison de l'ampleur qui existe entre ses parties, et de la grandeur de sa constitution que j'ai développée, pour lui faire subir le supplice. Puis j'ordonnerai à chaque supplice imaginé par les vivants de l'ici-bas de se produire, et ils se réaliseront intégralement conformément à leur spécificité chimérique et se produire sur lui le supplice réel dans la première peau, et le supplice imaginaire dans la deuxième peau. Puis j'ordonnerai aux sept couches de l'enfer de se réaliser ; et se réalisera le supplice de chaque couche en chacune de ses peaux.



Et s'il n'y a plus de supplice ni celui de l'ici-bas ni celui de l'au-delà, sans qu'ils ne se soient produits entre chaque paire de ses peaux, je lui montrerai – pendant que je me révèle à lui – le supplice dont je me charge. Il me rejettera ; et une fois qu'il l'aura vu, il distinguera à sa vue le supplice réel du supplice imaginaire ; et distinguera pour son compte personnel le supplice des sept couches ; et il continuera ainsi de faire la distinction entre le supplice de l'ici-bas et le supplice de l'au-delà, afin que je puisse le punir par le supplice que j'ai manifesté. Et je chargerai le supplice de ne pas le punir, il sera confiant en mon acte, mais il continuera de le punir selon ma prescription, il m'implorera cependant d'alléger le supplice de l'ici-bas et de l'au-delà, et d'écarter de lui ce que j'ai fait paraître et je dirai à cet homme : "Je suis celui qui t'a demandé " "est-ce que tu me repousses ?" et tu me répondras : "Oui, je te repousse." Celle-ci est la dernière fois qu'il me voit.



Ensuite je le punirai par la portée et dans toute l'ampleur de ma science. Et ni la science des savants ni la connaissance des gnostiques ne seront fixées sur ma manière de parler.



Niffari

(Le Livre des Stations)

Trad. Mâati Kâbbal






mardi 05 janvier 2010, a 00:22
Station des actes
 





Il  m'arrêta et me dit :


En ma présence, si tu veux persister dans ton action, arrête-toi devant moi. Ni requérant, ni fugitif vers moi ; car si tu me demandes et que je refuse ta demande, tu retourneras non pas vers moi, mais vers la demande, ou tu retourneras vers le désespoir et non pas vers la demande ; et si tu me demandes et que je réponds à ta demande, tu te détourneras de moi pour aller vers ta demande.

Et si tu fuis vers moi, et que je te protège, tu te détourneras de moi, pour te protéger contre la peur qui t'inspire ta fuite, alors que moi, je désire lever le voile entre nous deux ; arrête-toi donc devant moi, parce que je suis ton Seigneur et ne t'arrête pas parce que tu es mon serviteur.

Il me dit :

Si tu t'arrêtes devant moi considérant que tu es mon serviteur, tu vacilleras comme vacillent les serviteurs mais si tu t'arrêtes devant moi parce que je suis ton Seigneur, se produira pour toi mon décret perpétuel, et il t'opposera à toi-même.




Niffari

(Le Livre des Stations)





mardi 05 janvier 2010, a 00:12
La station de la mort
 





Il m'arrêta dans la mort


Et je vis toutes les actions corrompues, et je vis la crainte régner sur l'espérance
et je vis la richesse devenir feu et s'unir au feu
et je vis la pauvreté un opposant qui proteste
et je vis qu'aucune chose n'a de pouvoir sur une autre
et je vis le royaume terrestre une chimère et la royauté céleste une duplicité.
Et j'appelais

"Ô science"et elle ne me répondit pas
et j'appelais "

Ô connaissance"elle ne me répondit pas
et je vis que toute chose m'avait déserté,
et que toutes choses créées m'avaient fui ;
et je demeurais seul.
Et l'action vint à moi
et je vis en elle l'illusion dissimulée
et ce qui depuis toujours est dissimulé
et rien ne me secourut
excepté la miséricorde de mon Seigneur.
Il me dit :

"Où est ta science ?"

Et je vis le feu.
Il me dit :

"Où est ton œuvre ?"

Et je vis le feu.
Il me dévoila ses connaissances uniques et le feu s'apaisa.
Il me dit :

"Je suis ta connaissance".

Et j'énonçai.
Il me dit :

"Je suis celui qui te cherche".

Et je me suis mis en route.




Niffari

(Le Livre des Stations)






lundi 04 janvier 2010, a 23:52
Qui es tu et qui suis je ?
 






Il m'arrêta et me dit:


Qui es-tu et qui suis-je ?
Et je vis le soleil, la lune, les étoiles et toutes les lumières.
Il me dit :

"Il n'est resté dans le courant de mon océan nulle lumière que tu n'aies vu".

Et vers moi vint toute chose jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune, et chacune d'elle m'embrassa entre les yeux, me salua et se tint dans l'ombre.
Il me dit :

"Tu me connais et je ne te connais pas."
Et je le vis tout entier s'attacher à mon vêtement et ne pas s'attacher à moi.

Et il me dit : "Celle-ci est mon observance".

S'inclina mon vêtement, mais je ne m'inclinai pas ; et lorsque s'est incliné mon vêtement, il me dit :

"Qui suis-je ?"

Alors le soleil et la lune s'obscurcirent, les étoiles s'abîmèrent, les lumières s'évanouirent, et les ténèbres ensevelirent toutes les choses excepté lui ; mes yeux ne virent plus, mes oreilles n'entendirent plus, et s'éteignit ma sensibilité, et toute chose énonça :

"Dieu est le plus grand".
Et toute chose vint vers moi, une lance à la main, et il me dit : "Sauve-toi".

Je répondis :

"Où fuir ?"

Il me dit :

"Précipite-toi dans les ténèbres".

Je m'y précipitais et je m'aperçus moi-même. Il me dit :

"Tu ne percevras jamais un autre que toi et tu ne quitteras jamais les ténèbres.

Mais si je t'en exclus, je te montrerai à toi et tu me verras.

Et quand tu me verras, tu seras le plus lointain des lointains."



Niffari

(Le Livre des Stations)





lundi 04 janvier 2010, a 23:43
La station de son pacte
 






Il m'arrêta et me dit :

"Si je te désire à travers un compagnon, comme je désire – à travers toi – un autre compagnon que toi, je t'imposerai cela dans "ta conscience intime", dans ton sommeil et ton éveil, et ce au moyen d'une obligation que tu connaîtras sans réfutation et tu me verras dedans, et je ne m'y dissimulerai pas à toi ; et afin que tu ne puisses pas lui dire : "Je me lève en ton honneur" ; et pour ne pas absoudre l'espace de ton cœur.



Niffari

(Le Livre des Stations)





lundi 04 janvier 2010, a 17:23
Ivresse
 





Je baise sa lèvre et je bois du vin ; je découvre ainsi la source de vie.

D'elle, je ne puis me plaindre à personne ; et je ne puis voir personne avec elle.

Tandis qu'elle boit le sang (de la vigne), la coupe a baisé sa lèvre ; et la rose, confuse, rougit voyant son visage.

Donne à boire ! et ne parle plus du roi Djemchîd : qui sait quand il vivait, lui et les Kayanides ? ô beau musicien ! joue donc de la harpe ; et fais-moi gémir en froissant les cordes.

La rose, sortant de sa solitude, est venue poser son trône au jardin ; plie donc le tapis de la tempérance, tout aussi serré qu'un bouton de fleur.

Ne laisse donc pas l'ivrogne languide comme le regard de l'objet aimé ; pour lui rappeler sa lèvre vermeille, verse-lui du vin, encore, échanson !

Mon âme n'aspire en aucune sorte à se séparer du corps de sa belle : c'est qu'en tout mon corps — mes veines, mes nerfs — s'est insinué le vin de sa coupe.

Hâfez ! tiens ta langue un moment ; la flûte parlera pour ceux qui ne parlent pas.




Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 17:15
Carpe Diem
 





Quoi de meilleur que le plaisir : jardin, printemps et doux commerce ?

Où donc est passé l'échanson ?

Qu'attend-il donc ?

Oh ! dis-le moi.

Des bons moments que la fortune te fournit, sache profiter, car nul ne peut savoir d'avance quelle sera la fin des choses.

Sois en éveil ! notre existence est suspendue par un cheveu.

Sache te consoler toi-même : de quoi le sort s'attriste-t-il ?

Que signifient l'eau de Jouvence et le jardin du paradis, sinon le bord d'un ruisselet et le vin qu'on boit aisément ?

Le ciel lui-même connaît-il le secret voilé ?

Fais silence, ô chercheur ! pourquoi discuter avec celui qui tient ce voile ?

Si Dieu ne considérait pas mes erreurs et mes manquements, que signifieraient en ce cas son pardon, sa miséricorde ?

Le dévot cherche le nectar de l'éden ; Hâfez, une coupe ; auquel des deux le Créateur donnera-t-il la préférence ?




Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 16:31
Brièveté de la vie
 





L'haleine du vent matinal répandra de nouveau son musc ; le vieux monde, encore une fois, retrouvera de la jeunesse.

Au jasmin l'arbre de Judée se prépare à offrir sa coupe rouge comme la cornaline ; et de nouveau l'œil du narcisse se tournera vers l'anémone ; le rossignol déplorera devant la tente de la rose l'esclavage qu'il a subi sous le chagrin de son absence.

Si de la mosquée je m'éloigne pour m'en aller aux cabarets, ne me le reproche donc pas : si le sermon nous paraît long, le temps de la vie est bien court !

Si tu remets au lendemain le plaisir de ce jour, ô cœur ! qui donc pourra nous assurer que ce plaisir nous restera tout comme de l'argent comptant ?...

La rose est chose précieuse ; profite donc de sa présence : elle s'en ira du jardin aussi vite qu'elle est venue.

Les amis se sont assemblés ; chante pour nous, ô ménestrel ! Combien de fois diras-tu donc :

« Comme le temps qui est passé, le moment présent passera. » C'est pour toi qu'est venu Hâfez dans le domaine de la vie ; fais un pas pour lui dire adieu, car bientôt il disparaîtra.




Hâfez

(Diwân)





lundi 04 janvier 2010, a 16:26
Inconstance de ce monde
 





Ne donne pas ton cœur à ce monde, à ses biens : de sa fidélité, nul ne vit jamais rien ; nul n'en mangea le miel sans subir sa piqûre ; et nul en ce verger ne put cueillir les dattes sans subir les épines ; et tout flambeau qui fut allumé par ce monde, fut éteint par le vent aussitôt qu'il brilla.

Celui qui sans souci donna son cœur au monde nourrit son ennemi

— as-tu bien vu cela ?

Le roi victorieux, le conquérant du monde, le prince dont le sabre était tout teint de sang, tantôt d'un seul élan détruisait une armée, tantôt par un seul cri en enfonçait le centre ; et par crainte de lui, le lion rentrait ses griffes lorsque dans le désert il entendait son nom ; sans motif, il mettait en prison les seigneurs, et il décapitait impunément les braves ; or, pour finir, Chirâz et Tabrîz et l'Iran, il conquit tout cela ; mais son terme survint ; et le destin brûla, d'un fer chauffé à blanc, ces yeux qui d'un regard embrassaient l'univers, les yeux du roi par qui le monde voyait clair.




Hâfez

(Diwân)







lundi 04 janvier 2010, a 16:22
Félicité
 





Ils ont passé les jours et nuits durant lesquels je me trouvais bien loin de cet objet que j'aime.

J'ai consulté le sort, et l'astre favorable s'est montré ; maintenant mon épreuve a pris fin.

Toute la grâce et tous les plaisirs de l'automne sont oubliés enfin au souffle du printemps.

Dieu soit loué ! bientôt s'épanouira la rose: finis, le vent hautain de décembre, et les ronces !

A l'aube de l'espoir recueilli sous le voile, dis :

« Dévoile-toi donc ! la nuit sombre est finie. »

La tristesse de mes interminables nuits, le chagrin de mon cœur, tout cela se termine, car j'ai trouvé votre ombre, ô boucles de ma belle !

Je n'ai plus lieu de croire aux perfidies des jours : à la séparation succède l'union.

Echanson ! tu m'as bien traité.

Qu'on emplisse de vin ta coupe ! car grâce à tes bons procédés, le trouble du spleen a pris fin.

Bien que Hâfez ne compte aux regards de personne, il remercie, car cette épreuve, sans nombre ni borne, a pris fin.




Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 16:18
Invocation
 





Toi, tu es comme le matin.

Je suis comme une lampe, à l'aube, dans une chambre solitaire.

Daigne donc me sourire ! et vois comment je te livre ma vie.

Tes cheveux en désordre ont tant brûlé mon cœur que la tombe pour moi serait lit de violettes.

Je me tiens, l'œil ouvert, au seuil de ton désir, attendant un regard ; mais tu t'es dérobée.

Que je te remercie ! Oh ! que Dieu te protège ! O mère des chagrins ! le jour que je suis seul, tu ne sors pas de mon esprit.

De la pupille de mon œil je suis esclave : malgré que son cœur soit bien noir, elle fait pleuvoir mille pleurs, quand je dénombre mes douleurs.

Mon idole à tous les regards se dévoile ; et pourtant personne ne surprend ce clin d'œil que moi je sais bien voir.

Si sur ma tombe, à moi Hâfez, ma bien-aimée passait comme le vent, je mettrais en lambeaux, à force de désir, mon linceul dans ma fosse étroite.




Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 16:13
Solitude
 





Toi qui es loin de mes regards, c'est à Dieu que je te confie ; tu m'as brûlé l'âme ; pourtant je te chéris de tout mon cœur.

Tant que je n'entraînerai pas le pan de mon linceul sous terre, ne crois pas que j'enlèverai du pan de ta robe ma main.

Montre-moi le recoin sacré de ton sourcil : au point du jour, j'étendrai les bras pour prier et pour les jeter à ton cou...

Je veux mourir en ta présence, ô toi, perfide médecin !

Je suis dans l'attente de toi ; enquiers-toi donc de ton malade.

De mes yeux j'ai fait ruisseler sur mon sein cent fleuves de pleurs, en songeant aux graines d'amour que je sèmerai dans ton cœur.

L'objet aimé versa mon sang, me sauvant du chagrin d'amour ; je rends grâces de ton œillade pénétrante comme un poignard.

Je suis en larmes ; mon désir, quand mes pleurs coulent à torrents, ce serait de pouvoir semer dans ton cœur le grain de l'amour.

Reçois-moi généreusement pour que, dans l'ardeur de mon cœur, de mes yeux je laisse tomber à tes pieds des perles, sans cesse. Hâfez ! nectar, objet aimé, débauche ne sont point ton fait ; à tout cela, tu t'es livré ; je te pardonne cependant !




Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 16:08
La rose et le rossignol
 





J'allai de bonne heure au jardin pour cueillir la rose ; soudain la voix du rossignol vint à mes oreilles.

Le pauvre souffre comme moi par amour d'une rose ; et il répand dans la prairie le bruit de ses plaintes.

Je faisais sans cesse le tour du jardin, de l'herbage ; ce rossignol et cette rose occupaient ma pensée : la rose est l'amie de l'épine ; et le rossignol l'aime ; l'un ne reçoit nulle faveur ; l'autre ne change pas. Or donc le chant du rossignol éprouvait tant mon cœur qu'il ne me resta plus la force de l'écouter encore.

Mainte rose s'est épanouie dans ce jardin : personne n'en a pu cueillir une seule sans souffrir des épines.

Hâfez ! n'espère nul plaisir du mouvement céleste, car on lui voit mille défauts, mais pas une bonté.




Hâfez

(Diwân)





lundi 04 janvier 2010, a 16:03
L’abandonné
 






Elle a repris son cœur et caché son visage.

Ô Dieu ! avec qui donc puis-je mener mon jeu ?

Quand mon âme aspirait à la nuit solitaire, sa vision m'apporta des grâces infinies.

Pourquoi donc n'ai-je pas le cœur ensanglanté tout comme la tulipe, alors que de son œil semblable à un narcisse elle m'a contristé.

Ô cuisante douleur ! comment pourrais-je dire que le mire céleste a soigné ma pauvre âme ?

Elle m'a consumé comme un cierge, de sorte que la bouteille à long goulot pleura sur moi, et que le luth gémit, ayant pitié de moi.

Ô vent ! voici le temps si tu sais un remède, car le mal du désir a menacé ma vie.

Comment donc avouer, au milieu d'êtres tendres :

« Mon amie dit ceci, mais elle a fait cela » ?

L'ennemi n'a pas fait contre ta vie, Hâfez ! ce que causa le trait décoché par cet œil sur lequel le sourcil s'incurve comme un arc.




Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 15:59
J’ai perdu mon cœur
 






Musulmans ! autrefois je possédais un cœur ; je parlais avec lui si j'avais une peine.

Quand je tombais dans un tourbillon de chagrin, ce cœur me permettait d'espérer le rivage.

Cœur pitoyable, ami de ma tranquillité, qui servait de refuge à tout homme de cœur.

Dans la rue de l'objet aimé, je l'ai perdu...

Ô Seigneur ! cet endroit, qu'il était attachant !

La vertu ne va pas sans désappointement ; mais quel solliciteur fut plus frustré que moi ?

Soyez donc pitoyables à mon âme troublée : elle était autrefois parfaitement lucide.

Depuis qu'amour m'apprit à m'exprimer en vers, mon cas fait le piquant de toute réunion.

Ne dis plus que Hâfez est un homme subtil : nous le voyons, il est ignorant consommé.



Hâfez

(Diwân)






lundi 04 janvier 2010, a 15:51
Loin de l’objet aimé.
 





Ô vent ! S'il t'advient de passer sur la rive du fleuve Araxe, baise le sol de la vallée et parfumes-en ton haleine.

Les lieux où s'arrêta Selma — qu'à tout instant de notre part cent saluts s'envolent vers elle ! — tu les trouveras tout bruyants de conducteurs de caravanes et du tintement des clochettes.

La litière de mon amie, baise-la !

Puis, en gémissant, présente-lui donc ce message :

« Je me consume en ton absence ; tendre beauté, viens à mon aide ; dans les propos des conseillers, je n'ai vu qu'un air de musique ; je suis affligé par l'absence ; cela seul me sert de leçon »...

Une intrigue amoureuse, ô cœur ! n'est pas un simple amusement ; joue ta vie ! L'on ne peut frapper avec le maillet du désir la balle qu'est le pur amour.

Mon cœur renonce à l'existence, avec zèle, si son amie lui jette un regard langoureux, bien que les sages ne renoncent pour personne à leur libre arbitre.

D'autres, pareils aux perroquets dans un champ de cannes à sucre, vivent au gré de leurs désirs, quand moi, soupirant de regret, moi, misérable moucheron, de mes mains je frappe ma tête.

Mais si mon nom vient à la pointe de la plume de mon amie, c'est là tout ce que je demande à la suprême Majesté.



Hâfez

(Diwân)






Présentation
"Ayant bu des mers entières,nous restons tout étonnés que nos lèvres soient encore aussi sèches que des plages;et toujours cherchons la mer pour les y tremper,sans voir que nos lèvres sont les plages et que nous sommes la mer."

"Farid Ud-Din Attar"

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commentaire(s)
L'histoire des deux amants salima (08/01/2010 23:34)

belle histoire merci...

La voie Soufie,Mystique de l'Islam (suite et fin) personne (03/01/2010 15:27)

Merci !......

Les 100 Étapes des itinérants vers Dieu (1) personne (02/01/2010 18:26)

BONNE ANNEE 2010 !!!...

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