| mercredi 02 décembre 2009, a 15:22 |
| Al-Fatiha (L'ouvrante) |
1- Au nom d'Allah,
Le Tout Miséricordieux, Le Très Miséricordieux
2- Louanges à
Allah, Seigneur de l'univers.
3- Le Tout
Miséricordieux, Le Très Miséricordieux,
4- Maître du Jour
de la rétribution.
5- C'est Toi (Seul)
que nous adorons, et c'est Toi (Seul) dont nous implorons
secours.
6- Guide-nous dans
le droit chemin,
7- Le chemin de
ceux que Tu as comblé de faveurs, non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni
des égarés.
Âmin
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| dimanche 29 novembre 2009, a 14:51 |
| Lumière |
Allah est la lumière
des cieux et de la terre !
Sa lumière est
comparable à une niche
Où se trouve une
lampe.
La lampe est dans
un verre;
Le verre est
semblable à une étoile brillante.
Cette lampe est
allumée à un arbre béni:
L'olivier qui ne
provient
Ni de l'orient,ni
de l'occident
Et dont l'huile est
près d'éclairer
Sans que le feu la
touche.
Lumière sur lumière
!
Dieu guide,vers Sa
lumière,qui il veut.
Dieu propose aux
hommes des paraboles.
Dieu connait toute
chose.
Sourate:(La lumière , XXIV,35)
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| mardi 03 novembre 2009, a 22:10 |
| Les vagues de l'âme |
Tantôt telle une
douce brise effleurant le coeur,entrainant l'âme assoiffée de l'absolu vers les
sources de l'amour dans toute son immanence,là où s'abreuvent de beauté,des
êtres oniriques.
Tantôt comme un feu
consumant le coeur,incitant l'âme tel un phalène,à venir s'immoler dans ce
brasier de l'amour dans un bonheur voluptueux et infini.
Tantôt comme une
prière caressant le coeur,élevant l'âme vers les hautes sphères d'un amour au
delà de l'amour,ce “ISHQ” dont seuls les soufis et quelques initiés détiennent
le secret.
Elle peut être de
Rûmi,ou Hallaj,ou Attar,ou Hâfez,ou Sâadi,ou Emré,ou Ibn al Fared,ou de votre
humble serviteur,ou distillée par toute autre âme ayant goûté à la source de
l'amour,car comme disent les soufis:”seul celui qui a goûté,sait”,sinon comment
pourrait-on parler du goût du miel sans avoir eu sa saveur sur notre palais
auparavant?.
Elle peut faire de
ta vie un maillon d'éternité tout en restant lucide dans le coeur du délire;elle
t'insufflera la force d'aimer au point de ne plus rien savoir faire
d'autre,aimer et encore aimer, jusqu'à rendre jaloux les anges eux mêmes;car
c'est en l'amour que toute laideur se découvre une beauté.
S'ouvrir à cette
douce brise d'amour c'est humer le parfum Divin que toute âme dégage,c'est se
révéler à soi même,car si l'homme pouvait faire abstraction du monde éphémère
qui l'entoure , durant un seul instant de sa vie et aller à la rencontre de cet
autre en lui,il découvrira que c' est un être Divin qui
s'ignore.
Telle est cette
poésie que charrient les vagues de mon âme , déferlantes sur les rivages de ces
pages,laissant après chaque reflux,des coquillages de mots,des secrets en
anémones,des sagesses des grands fonds.
Toi qui passe sur
ces rivages,sois(es) le(a) bienvenu(e),tes traces resteront à jamais inscrites
sur mon sable,et si tu le désire, prends un coquillage et met le sur l'oreille
de ton coeur afin d'écouter les remous secrets des vagues de
l'âme………
Angelheart
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| dimanche 24 janvier 2010, a 16:21 |
| Sainte Montagne |
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| dimanche 24 janvier 2010, a 15:58 |
| La caravane humaine |
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| dimanche 24 janvier 2010, a 15:15 |
| Les sept vallées d'Al Ghazâli |
Au Moyen Age, les oeuvres d'al Ghazzali
(surnommé : la preuve de l'Islam) étaient si estimées dans la chrétienté que
certains ecclésiastiques le prenaient pour un écrivain chrétien de sainte
doctrine. En fait, al Ghazzali était non seulement un mystique soufi
«expérimental », mais également un ancien professeur de théologie islamique de
l'académie Nizamia de Bagdad.
Dans les passages que nous (Idries Shah)
avons extraits du Minhaj al Abidin (la Voie des Adorateurs ou la Grand Route de
la Soumission), al Ghazzali décrit les expériences par lesquelles passe le
chercheur et l'ascèse à laquelle il se soumet dans ses efforts d'adoration et de
soumission à la volonté de Dieu.
Citons ce commentaire d'un érudit
chrétien :
Un autre écrivain dont l'oeuvre eut une
grande influence sur l'Occident fut Algazel (Abu Hamid ibn Muhammad al Tusi al
Ghazzali, 1058 1111). Il était surnommé Hujiatu el Islam, « La Preuve
convaincante de l'Islam », et il vécut une vie riche et variée au contact de
tous les mouvements intellectuels et religieux importants de son temps. Il fut
tour à tour philosophe, de tradition scolastique, sceptique et mystique. D'une
sincérité indiscutable et d'une grande rigueur morale, il fut l'un des rares de
sa génération à s'être constamment efforcé de réveiller le zèle et le sens moral
de ses coreligionnaires. Il a acquis dans l'Islam une position comparable à
celle de saint Thomas d'Aquin dans la chrétienté. Quand on lit ses traités
théologiques, on a du mal à se rappeler que l'auteur est un
musulman [1]
Voici le passage décrivant les Sept
Vallées, inspiré de la propre expérience de Ghazzali. Le livre dont il est tiré,
écrit au II siècle, est considéré comme un manuel d'enseignement
mystique.
LES SEPT VALLÉES
Sache, Ô mon frère, que l'adoration est
le fruit de la connaissance, le bénéfice de la vie et le capital des vertus. Les
hommes aux nobles aspirations ont pour but et objectif d'atteindre à une vision
intérieure pénétrante. C'est leur « summum bonum » et leur Paradis éternel. « je
suis votre Créateur », dit le Coran. « Adorez moi. Vous serez récompensés et vos
efforts ne seront pas vains.»
Pour l'homme, l'adoration est donc
essentielle, mais elle est entourée de difficultés et d'épreuves. Le chemin qui
y mène est tortueux, semé d'obstacles, plein de traquenards et de coupe gorge,
hanté de mauvais génies. Par contre, l'aide est rare et les amis peu nombreux.
Mais il faut que ce chemin soit dangereux, car, dit le Prophète . « Le Paradis
est entouré de souffrances et cerné de tribulations, alors que l'Enfer abonde en
plaisirs faciles et qu'y règne la libre jouissance des passions. » Pauvre homme
! il est faible, ses obligations sont lourdes, les temps sont durs et la vie est
courte. Mais le voyage d'ici bas à l'au delà est inévitable et s'il néglige de
prendre avec lui les provisions nécessaires, il est sûr de périr. Mesurez la
gravité de la situation. Par Allah, notre sort est pitoyable, certes, car
beaucoup sont appelés et peu sont élus.
Lorsque j'ai découvert que le chemin de l'adoration était si
difficile et si dangereux, j'ai décidé d'écrire certains ouvrages dont le Ihya
ulum iddin, où j'ai indiqué les méthodes et les voies qui permettent de
surmonter ces difficultés, d'affronter hardiment les dangers et de parcourir le
chemin avec succès. Mais certains n'ont voulu voir que les formes extérieures de
mon oeuvre, et n'en ont pas compris le sens caché, le but profond ; non
seulement ils ont rejeté [2] le livre mais ils l'ont traité d'une
manière indigne de musulmans. Mais je ne me suis pas découragé. Le Coran lui
même n'a t il pas été ridiculisé et qualifié de « contes pour enfants » ? Je ne
me suis pas senti offensé non plus ; j'avais pitié d'eux car ils ne savaient pas
ce qu'ils se faisaient à eux mêmes. Maintenant, je hais les débats, mais je dois
faire quelque chose pour ces hommes. Donc par compassion pour mes frères, je
prie Dieu de m'éclairer de façon à ce que je puisse entreprendre cette tâche
autrement.
Ecoutez donc ceci : ce qui est nécessaire avant tout pour
réveiller l'homme de la léthargie où l'a plongé l'oubli, et l'orienter vers le
chemin, c'est la grâce de Dieu, qui incite l'esprit à méditer ainsi
:
« Je suis le réceptacle de tant de dons
la vie, le pouvoir, la raison, la parole et je me trouve mystérieusement protégé
de bien des soucis et de bien des maux. Qui est mon bienfaiteur ? Qui est mon
sauveur ? Je dois trouver la juste manière de lui prouver ma reconnaissance,
sinon les dons seront repris et je serai détruit. Ces dons révèlent leur
dessein, tout comme les outils aux mains d'un artisan, et le monde m'apparaît
comme une oeuvre d'art qui élève mes pensées vers le peintre, »
La Vallée de la
Connaissance
Le monologue intérieur conduit le
chercheur jusqu'à la Vallée de la Connaissance, où la foi implicite dans le
Messager divin montre la voie et lui dit :
Le Bienfaiteur est l'Unique qui n'a pas
d'associé. Il est ton Créateur omniprésent, bien que caché, dont il te faut
suivre intérieurement et extérieurement les commandements. Il a fait en sorte
que l'homme bon soit récompensé et le méchant puni. C'est maintenant à toi de
faire le choix, car tu es responsable de tes actions. Acquiers la connaissance
sous la direction des ulémas qui craignent Dieu, avec une conviction qui ignore
l'hésitation.
Lorsqu'il a traversé la Vallée de la
Connaissance, l'homme se prépare à l'adoration, mais sa mauvaise conscience lui
fait des reproches en disant : « Peux tu frapper à la porte du Sanctuaire ?
Eloigne toi car tu es chargé d'abominations ! »
La Vallée du
Repentir
Le pauvre pêcheur tombe dans la Vallée du
Repentir, lorsqu'il entend une voix lui dire : « Repens toi, repens toi ! car
ton Seigneur est Pardon. » Là il reprend courage et se relève tout joyeux pour
continuer.
La Vallée des
Obstacles
Puis il arrive dans une vallée
rocailleuse où se trouvent quatre écueils principaux : les tentations du monde ;
les séductions des gens; Satan, le vieil ennemi ; l'ego immodéré. Pour venir à
bout des difficultés, il doit avoir recours à quatre contre forces : mener
autant que possible une vie retirée ; éviter de fréquenter n'importe qui ;
lutter contre le vieil ennemi, et se contrôler au moyen de la
piété.
Rappelons que les quatre contre forces
doivent affronter quatre autres problèmes psychologiques qui
sont :
1) l'angoisse de ne pas pouvoir
subvenir à ses besoins du fait de la retraite
2) les doutes et les inquiétudes à la
pensée que les problèmes personnels puissent venir troubler la tranquillité
d'esprit
3) les soucis et les difficultés qui
résultent du manque du manque de contact social car lorsque l'homme désire
servir son Dieu, Satan l'attaque ouvertement et secrètement de tous
côtés
4) les événements désagréables et les
souffrances inattendues tissées par son destin
La Vallée des
Tribulations
Ces problèmes psychologiques jettent le
pauvre adorateur dans la Vallée des Tribulations, Dans cet état, l'homme se
protège par :
1) la confiance en Dieu pour sa
subsistance
2) l'invocation de Son aide lorsqu'il
est réduit à l'impuissance
3) la patience dans les
souffrances
4) la soumission joyeuse à Sa
Volonté.
La Vallée des
Orages
En traversant cette redoutable Vallée des Tribulations,
l'homme pense que le voyage ne sera pas facile mais, à sa stupéfaction, il
découvre que le service est inintéressant, que les prières sont mécaniques, et
que la contemplation est sans attrait. Il est indolent, mélancolique et stupide.
Perplexe, déconcerté, il entre alors dans la Vallée des Orages. L'éclair
fulgurant de l'Espoir l'éblouit et il tombe en tremblant lorsqu'il entend le son
assourdissant du tonnerre de la Crainte. Ses yeux noyés de larmes imitent les
nuages, et ses pensées pures sont comme des éclairs. En un instant se résout le
mystère de la Responsabilité humaine, avec ses récompenses pour les bonnes
actions et ses punitions pour les actes mauvais. Dorénavant, son adoration ne se
fera plus du bout des lèvres et son travail quotidien ne sera plus une besogne
fastidieuse. S'élevant vers les hauteurs, il volera sur les ailes de l'Espoir et
de la Crainte.
La Vallée
Insondable
Le coeur léger, d'humeur joyeuse, il poursuit sa route lorsque
soudain apparaît la Vallée Insondable. En approfondissant la nature de ses
actes, il s'aperçoit que ses bonnes actions étaient motivées par le désir de
gagner l'approbation de ses compagnons, ou par l'orgueil. Il voit d'un côté le
monstre à tête d'hydre de l'hypocrisie, et de l'autre l'ensorcelante Pandore de
la Vanité, avec sa boîte ouverte. Rempli de désespoir il ne sais que faire
lorsque, enfin, l'Ange de la Sincérité émerge des profondeurs de son cœur et le
prend par le bras et l'aide à traverser la Vallée.
Il exprime sa gratitude pour la faveur Divine et continue
d'avancer, lorsqu'il est envahi par la pensée des multiples faveurs reçues par
son être indigne, et de son incapacité à témoigner pleinement sa
reconnaissance.
La Vallée des
Hymnes
Voici maintenant la Vallée des Hymnes où, mortel, il s'est
efforcé de chanter les hymnes de louange à l'Être Immortel. La Main Invisible de
la Miséricorde Divine a alors ouvert la Porte du jardin d'Amour ; il y est
poussé corps et âme, car tous les deux ont directement et indirectement joué
leur rôle. ici s'achève le Voyage.
L'Adorateur vit maintenant parmi les hommes comme un voyageur,
mais son coeur vit en Lui dans l'attente de répondre à l'ordre final, « 0 âme,
sois en paix ! Retourne auprès de ton Seigneur tout à fait satisfaite ! Et reste
parmi Mes Serviteurs ! Et entre dans Mon Paradis. » (Coran, sourate 89, al Fajr
(L'aurore) )
Extrait de :
L'éléphant dans le noir Idries Shah
[1] Alfred Guillaume, « Philosophie et
Théologie », dans Legacy ot Islam, de A. Guillaume et Thomas W. Arnold, New
York, Oxford University Press, 1968, p. 269 sq.
[2] Du vivant de Ghazzali le livre fut brûlé
publiquement sur la place du marché par les ulemas (théologiens islamiques)
d'Espagne, patrie de l'Inquisition.
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| dimanche 24 janvier 2010, a 13:20 |
| Le marchand et le derviche farangi |
L'un des maîtres spirituels musulmans le mieux connu en
Occident est, bien sûr, Jalaluddin Rumi(1207-1273), mystique et poète dont les
disciples étaient chrétiens, juifs aussi bien que musulmans. On trouve dans le
Munaqib al-Arifin (les Actes des Adeptes) d'Aflaki l'histoire du marchand persan
qui était en quête de la sagesse et devant lequel Rumi opéra une étonnante
démonstration.
Cet homme originaire de Tabriz vint à Konya (alors appelé
Roum), en Turquie d'Asie, à la recherche d'un enseignement spirituel. Il
apportait avec lui une offrande de cinquante dinars. Aflaki poursuit
:
Lorsqu'ils
arrivèrent au collège, Jâlal (Rumi) était seul, dans la salle de conférence,
plongé dans l'étude de quelques livres. Tous le saluèrent et le marchand se
sentit comme subjugué à la vue du maître ; il fondit en larmes et ne put dire un
mot. Jâlal s'adressa alors à lui en ces termes :
« Les cinquante
dinars que tu as apportés en offrande sont acceptés… Les pertes que tu as
subies, et qui te préoccupent, sont dues au fait qu'un jour, alors que tu te
trouvais dans le pays des Francs occidentaux, tu t'es rendu sur la place d'une
certaine ville : là, tu as vu un pauvre, un Farangi (Européen), l'un des plus
grands parmi les saints chéris de Dieu, allongé dans un coin du marché. Lorsque
tu es passé, tu as craché sur lui et tu as montré de la répulsion, Son coeur fut
blessé par ton geste et ta conduite. De là viennent les épreuves qui t'ont
affligé. Va, fais la paix avec lui, demande-lui pardon et transmets-lui notre
salut. »
A ces mots, le
marchand fut pétrifié. Jelal lui demanda alors :
« Veux-tu que nous
te le montrions ? » Sur ces mots, il posa la main sur le mur et dit au marchand
de bien regarder. Instantanément, une porte s'ouvrit dans la muraille et le
marchand aperçut alors cet homme endormi sur une place du marché, en Europe. A
cette vue, il baissa la tête et déchira ses vêtements, s'éloignant de la sainte
présence dans un état de stupeur. Il se souvint de tous ces événements comme
s'il s'était agi de faits.
Il commença
aussitôt ses préparatifs et se mit en route sans tarder vers la ville en
question. Quand il l'eut atteinte, il s'enquit du quartier où il désirait se
rendre, et de l'homme qu'il avait offensé.
Il le trouva
endormi, tel que Jâlal le lui avait montré. Le marchand descendit de sa monture,
et salua le derviche Farangi prostré sur le sol, qui s'adressa immédiatement à
lui en ces termes : « Que faire ? Notre Maître Jâlal ne me laisse pas faire;
j'aurais tant voulu te faire voir le pouvoir de Dieu et te faire connaître qui
je suis. Mais maintenant, approche ! »
Le derviche Farangi
attira le marchand sur son coeur, l'embrassa à plusieurs reprises sur les deux
joues, puis il ajouta : « Regarde maintenant. Puisses-tu voir mon Seigneur et
Maître, mon Guide spirituel, et être témoin d'un prodige. » Le marchand regarda
et il vit le Maître Jelal transporté par la danse et la musique sacrées il
chantait cet hymne :
« Son royaume est
vaste et pur; chacun y trouvera sa juste place ; Que tu sois cormaline,
rubis, motte de terre ou caillou sur Sa montagne Si tu crois, Il te cherche ;
si tu ne crois pas, Il te purifie dans la joie.
Sois à volonté ici un fidèle Abu-Bekr[1], et là un Farangi[2].
»
Extrait de : Idries Shah, L'éléphant dans le noir
[1]Abu-Bekr, compagnon du Prophète, symbolise ici celui qui
observe fidèlement les pratiques de la tendance majoritaire de l'Islam, la
sunna. Certains ont affirmé que le «derviche franc» n'était autre que Raymond
Lulle de Majorque, dont les écrits témoignent qu'il approuvait les
Soufis.
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| dimanche 17 janvier 2010, a 15:45 |
| Yûsuf ibn al-Hussaïn ar-Râzî |

" Ayant appris
que Dhu'l-Nûn al-Misrî connaissait le Plus Grand Nom de Dieu, il fut rempli de
désir et se rendit en Égypte. Arrivé à la mosquée de Dhu'l-Nûn, il prononça la
formule de salut et s'assit. Dhu'l-Nûn lui rendit le salut. Pendant une année
entière Yûssuf resta dans un coin écarté de la mosquée, n'osant questionner
Dhu'l-Nûn. Au bout d'une année, Dhu'l-Nûn demanda : « D'où vient ce jeune homme
? » « De Rayy », répondit-il. Pendant une autre année, Dhu'l-Nûn ne dit
rien, et Yûssuf continua à occuper le même coin. À la fin de la seconde année,
Dhu'l-Nûn demanda : « Pour quelle raison ce jeune homme est-il venu ? » « Pour
te rendre visite », répondit-il. Une nouvelle année, Dhu'l-Nûn resta
silencieux. Puis il demanda : « Désire-t-il quelque chose ? ». « Je suis venu
pour que tu m'enseignes le Plus Grand Nom », répondit Yûssuf. Dhu'l-Nûn
se tut une année encore. Puis il tendit à Yûssuf un récipient en bois recouvert
: « Traverse le Nil. En un certain lieu, se trouve un vieillard. Remets-lui ce
bol et rappelle toi tout ce qu'il te dira. » Yûssuf prit le bol et se mit
en route. En chemin, une tentation s'empara de lui. « Qu'est-ce qui bouge dans
ce bol ? » Il le découvrit. Une souris sauta et s'enfuit. Yûssuf fut rempli de
désarroi. « Où dois-je aller ? Chez le vieillard, ou dois-je retourner auprès de
Dhu'l-Nûn ? » Finalement, il se rendit auprès du vieillard, emportant le
bol vide. Quand le vieillard le vit, il sourit. « Tu lui as demandé quel était
le Grand Nom de Dieu? » « Oui » « Dhu'l-Nûn a vu ton impatience et t'a donné une
souris, dit le vieillard. Dieu soit glorifié! Tu ne peux prendre soin d'une
souris. Comment garderas-tu le Plus Grand Nom ? » Plein de honte, Yûssuf
retourna à la mosquée de Dhu'l-Nûn. « Hier, j'ai demandé sept fois à Dieu la
permission de t'enseigner le Plus Grand Nom, lui dit Dhu'l-Nûn. Dieu ne me l'a
pas accordée, ce qui signifie que le temps n'est pas venu. Puis Dieu m'ordonna :
« Mets-le à l'épreuve avec une souris. » Quand je l'ai fait, voilà ce qui est
arrivé. Rentre à présent dans ta propre ville, jusqu'à ce que vienne le
temps. »
Attar (Le Mémorial des Saints)
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| jeudi 07 janvier 2010, a 15:53 |
| La vieillesse du poète |
Ma tête a blanchi
comme un arbre en fleurs ; mais pour moi, cet arbre produit seulement le fruit
du chagrin.
Devant moi, cheveu par cheveu, le miroir a trop reflété ce défaut
qu'est la canitie ; je ne veux plus le regarder.
Autrefois, je lisais la nuit,
au clair de lune ; je ne le puis plus aujourd'hui, même à la clarté du soleil :
grâce aux lunettes de l'Europe, au lieu de deux yeux, j'en ai quatre ; cela même
ne suffit pas quand je veux lire le Coran : la vue, ce pur trésor, quitte mes
yeux ; le ciel, qui s'amuse de moi, me trompe avec des verres, comme il fait
envers les enfants.
Mon oreille était fine au point que par le cœur j'entendais
ce qu'autrui racontait en son âme ; mon oreille a faibli : sans l'aide de leurs
gestes, je ne comprends plus rien quand mes amis me parlent.
Ma stature est
courbée comme un l ; et mon pied, tant que je ne prends pas un bâton droit comme
i, est sans vigueur pour cheminer.
Et me voilà débile au point que, par exemple,
si ma tête se trouve alourdie de sommeil, mon corps se casse à la ceinture.
Et
si ma main ne vient à l'aide de mon pied, m'asseoir et me lever ne me sont plus
possibles.
Au faîte de la solitude, comme un oiseau je suis posé ; et maintenant
je suis sauvé de ton filet, nature humaine !
Et lorsque je m'envole au ciel
d'éternité, l'univers contingent, semblable à la poussière, s'évanouit au vent
de mes ailes.
Dans le but d'amasser des biens, pourquoi donc réclamer de l'or ?
Dans l'opulence de mon cœur, je me passe de ces trésors.
L'or, ce n'est qu'une
pierre ayant pris son éclat à la lumière du soleil ; si donc je me tournais vers
l'or, je n'adorerais qu'une pierre.
Si même l'on m'offrait le grain cueilli sur
l'épi des Pléiades, et si j'avais pour abreuvoir la source même du soleil, je ne
suis pas celui dont l'aile mollirait, tombant du zénith au plus bas, pour
prélever ma part de cette eau, de ce grain.
Grâce à la vérité mystique, mon cœur
s'enrichit de secrets ; comment paierais-je même une demi-obole les vains propos
des philosophes ?
Lorsqu'est déposé devant moi, comme devant Khizr le prophète,
l'aliment qui vient du banquet de la science inspirée par Dieu, alors de leurs
ailes, les anges autour de moi chassent les mouches. Au cas où ma pensée se
plonge dans l'océan de poésie, le tribut des mers, de la terre n'égaleraient
qu'une des perles qui sont trouvées par ma pensée.
Au cas où ma plume s'élance
dans le parterre de la prose, pour moi, le palmier desséché produit des dattes
toutes fraîches.
Dans le verger de dévotion, si quelque arbre porte le fruit de
la connaissance (de Dieu), cet arbre, c'est moi-même.
Mais quel intérêt si son
fruit, tout bon qu'il est, paraît sans cesse de saveur amère en la bouche des
êtres au cœur ténébreux ?
Djâmi (Hekmat)
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| jeudi 07 janvier 2010, a 15:42 |
| L'histoire des deux amants |
Au début du
printemps, le calife, à Bagdad, donna joyeux festin sur la rive du Tigre.
Il
gardait sous le voile une jeune beauté qui versait en chantant de sa bouche le
sucre ; quand pareille à Vénus, elle prenait sa lyre, la lyre de Vénus devait
faire silence.
Elle avait à l'égard d'un page du calife, brillant comme un
soleil dans le ciel de l'amour, un tel attachement qu'elle en perdait l'esprit.
Ces amoureux étaient enchantés l'un de l'autre — ou plutôt, ils étaient possédés
l'un de l'autre.
Mais les cent gardiens qui épiaient leurs gestes ne leur
permettaient point d'être l'un avec l'autre.
Cette beauté voilée fut à bout de
patience, dans le feu du désir, brûlant de solitude, et faisant sous le voile
ouïr sa belle voix tout en l'accompagnant des accords de sa lyre.
Décrivant son
amour en une poésie qu'elle mit en musique, elle chanta ceci :
« Ô ciel !
jusquas à quand seras-tu donc perfide, réduiras-tu mon âme, useras-tu ma vie ?
Jamais je ne sentis l'ardeur de ton amour.
D'être si peu aimée de toi, je suis
honteuse.
Mieux vaut donc qu'un instant je m'occupe de moi, que je trouve un
remède à ma condition. »
Au harem se trouvait une fille charmante qui, comme
elle, savait déclamer et chanter.
« Partout des espions te surveillent »,
dit-elle,
« comment trouveras-tu le remède à tes maux ?
— Voici comment »,
dit-elle en retirant son voile.
Telle la lune qui se plonge dans le fleuve,
comme un poisson, dans l'onde, elle s'abandonna.
Le page se trouvait posté tout
près de là : par la séparation son âme était amère.
Quand la jeune beauté se
jeta dans le Tigre, il la suivit, liant à son cou ses deux bras ; elle en fit
tout autant et tous deux disparurent, fuyant ce qui distingue et le toi et le
moi, quittant cet univers fait de dualité.
Ô Djâmi ! telle est la coutume de
l'amour ; tel est l'amour réel ; le reste n'est que haine.
Si tu veux te tourner
vers l'océan d'amour, comme ces deux amants, à toi-même,
renonce.
Djâmi (Hekmat)
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| jeudi 07 janvier 2010, a 13:07 |
| Les trois lumières |
L'œil (‘ayn) qui est au fond de chaque homme a besoin d'une
lumière pour voir le monde dans sa vraie réalité et, surtout, pour percevoir les
Réalités divines. Mais tous les sentiers ne sont pas accessibles à tous.
Un
jour, alors qu'il était en train d'enseigner sur la notion de Lumière (nour, en
arabe), je lui posais une question : – Tierno, combien y a-t-il de lumières
mystiques ?
– Ô mon ami,
répondit-il, je ne suis pas l'homme qui a vu toutes les lumières. Je vais
néanmoins t'entretenir de trois lumières symboliques :
La première est celle
que nous tirons de la matière en la frottant, en la mettant en combustion. Cette
lumière ne peut réchauffer et éclairer qu'un espace limité. Elle correspond
symboliquement à la foi de la masse des individus peu évolués dans l'échelle
mystique. A ce degré, les adeptes ne peuvent aller au-delà de l'imitation
(taqlid) et de la lettre. L'obscurité de la superstition les entoure, le froid
de l'incompréhension les fait trembler. Ils restent blottis dans un petit coin
de la tradition et ils y font le moins de bruit possible. Cette lumière est
celle qui anime les croyants lorsqu'ils se trouvent au degré de la foi dite solb (solide).
La deuxième lumière
est celle du soleil. Elle est supérieure à la première en ce qu'elle est plus
générale et puissante. Elle éclaire tout ce qui existe sur la terre et le
réchauffe. Cette lumière symbolise la foi du degré médian dans la voie mystique.
Tout comme le soleil, elle dissipe les ténèbres dès qu'elle entre en contact
avec elles. C'est une source vivifiante pour toutes les créatures. Elle
symbolise les lumières que détiennent les adeptes au degré mystique de la foi
dite Sa'ilu (liquide). De même que le soleil matériel éclaire et
réchauffe tous les êtres qui, dès lors, sont frères, de même, les adeptes
parvenus à la lumière médiane voient et traitent en frères tout ce qui vit sous
le soleil et reçoit sa lumière. Ils ne méprisent pas la première lumière, en
raison de son rôle préparatoire indispensable, mais ils ne sont plus telles des
bestioles qui dansent autour d'une flamme et qui parfois s'y brûlent. La
première lumière, tout comme celle qui la symbolise, peut, au gré des
circonstances, être éteinte ou rallumée ; elle peut être transportée d'un lieu à
un autre ; autrement dit, elle peut changer de forme et de puissance, tandis que
la seconde lumière demeure fixe et immuable dans sa pérennité, comme celle du
soleil. Elle viendra toujours de la même source et restera égale à elle-même à
travers les siècles.
La troisième lumière
est celle du centre des existences ; c'est la lumière de Dieu. Qui oserait la
décrire ? C'est une obscurité plus brillante que toutes les lumières conjuguées.
C'est la lumière de la Vérité. Ceux qui ont le bonheur d'y parvenir perdent leur
identité, deviennent ce que devient une goutte d'eau tombée dans le Niger, ou
plutôt dans une mer indéfiniment plus vaste en étendue et en profondeur.
A ce
degré, Jésus est devenu Esprit de Dieu, Moïse son Interlocuteur, Abraham son
ami, et enfin Mohammad (Mahomet) le Sceau de Ses Missions
1.
Tierno Bokar (Vie et Enseignement de Tierno Bokar) Amadou Hampaté Bâ
1 :
Tous ces qualificatifs appliqués aux prophètes sont tirés du
Coran
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| jeudi 07 janvier 2010, a 12:43 |
| Le petit chien et le paradis |

Un jour, je m'en allai aux champs, accompagné de mon chien
fidèle, ennemi juré des singes dévastateurs des plantations. Le moment était
celui des grandes chaleurs d'avril. Mon chien et moi avions si chaud que nous
arrivions à peine à respirer. Je m'attendais à ce que l'un de nous deux finisse
par tomber en syncope. Enfin, Dieu merci, je vis un tiayki (1) dont les branches
serrées offraient une voûte de verdure rafraîchissante.
Mon chien poussa
de petits cris de joie et joua des pattes en direction de l'ombre bienfaisante.
Quand il l'eut atteinte, au lieu d'y rester il revint vers moi, la langue tirée,
la lèvre pendante laissant à découvert ses dents blanches et pointues. A voir
ses flancs palpiter frénétiquement, je compris combien il était épuisé.
Je m'avançai vers l'ombre. Mon chien témoigna sa joie. Puis, durant un
instant, je fis semblant de continuer mon chemin. La pauvre bête grogna
plaintivement mais me suivit quand même, la tête basse, la queue fourrée entre
les pattes. Elle était visiblement au désespoir, mais décidée à me suivre, quoi
qu'il puisse advenir.
Cette fidélité me toucha profondément. Comment
apprécier à sa juste mesure le geste de cet animal prêt à me suivre dans la mort
sans aucune nécessité pour lui et sans y être contraint par quoi que ce soit? Il
est dévoué, me dis~je, parce qu'il me considère comme son maître. Il me prouve
son attachement en exposant sa vie dans la seule intention de me suivre et de
rester à mes côtés.
Seigneur, m'écriai-je, guéris mon âme troublée!
Rends ma fidélité semblable à celle de cet être que j'appelle dédaigneusement
chien. Donne-moi, comme à lui, la force de maîtriser ma vie lorsqu'il s'agira
d'accomplir Ta volonté et de suivre, sans demander «où vais-je», le chemin sur
lequel Tu me dirigeras!
Je ne suis pas le créateur de ce chien;
pourtant, il m'obéit aveuglément et me suit docilement, au prix de mille
souffrances qui peuvent lui coûter la vie. Cette vertu, c'est Toi, Seigneur, qui
l'en as doté. Donne, donne, Seigneur, à tous ceux qui te le demandent, ainsi
qu'à moi, la vertu de l'Amour et le courage de la Charité!
Puis je
revins sur mes pas et me réfugiai à l'ombre. Tout heureux, mon petit compagnon
vint se coucher devant moi de manière à avoir les yeux tournés vers les miens,
comme pour me parler sérieusement. Les deux pattes de devant étendues
parallèlement, la tête relevée bien droit, tout en se reposant il m'épiait pour
ne pas perdre un seul de mes mouvements. Quelques minutes plus tard, ni mon
compagnon ni moi ne ressentions plus la moindre fatigue.
Ainsi protégé
et revivifié par l'ombrage bienfaisant, je me mis à réfléchir. L'ombre procurée
par ce feuillage verdoyant et vivant répand, sur toute la surface qu'elle
recouvre, un élément vivifiant qui neutralise l'élément irrespirable produit par
la chaleur solaire. Un arbre couvert de feuilles mortes ne procure pas le même
bien-être, je l'avais maintes fois éprouvé. Il existe donc dans le vert végétal,
me dis-je, un principe assainissant nécessaire à l'entretien de la vie de
l'homme et de l'animal. Ce principe vivifiant, qui se dégage des végétaux verts
sous l'action de la chaleur, me fit songer au paradis, tel qu'il est
métaphoriquement décrit dans les versets coraniques.
Le «vert»
paradisiaque, songeai-je, n'est autre chose qu'une Réalité spirituelle dont le
vert végétal d'ici-bas est l'une des manifestations au niveau matériel. Le
rapprochement fit jaillir de mon esprit une flamme brillante de compréhension.
Le paradis, tel qu'il est décrit, est un jardin symbolique (2) dont la verdure
est éternelle. Cette verdure éternelle atténue pour nous les rayons de la
Lumière divine, trop forte pour être supportée par notre vue. Dans ce jardin
spirituel toujours vert, les élus peuvent contempler la Lumière de l'Essence
divine et assimiler les effluves de la Source de vie éternelle. De leurs
oreilles purifiées de toute lourdeur, ils écoutent la voix de leur Seigneur. Ils
entrent ainsi dans l'état de béatitude décrit aux versets 10 et 11de la sourate
LXXXVIII:
«Ils seront dans un paradis sublime (un «jardin élevé») où
l'on n'entendra aucune parole frivole.»
Frère en Dieu! En attendant la
chance de pénétrer dans le Jardin céleste de demain, respecte aujourd'hui le
grand jardin que constitue le règne végétal. Garde-toi d'en détruire sans raison
la moindre plantule! Elle est une allégorie que Dieu fait sortir de terre pour
notre instruction, notre nourriture et notre confort.
Tieno Bokar (Vie et Enseignement de Tierno Bokar) Amadou Hampaté Bâ
NOTES 1.
Balamite: arbre qui conserve son feuillage même à l'époque des grandes chaleurs,
quand tous les autres arbres sont dénudés. 2. Le terme coranique pour
«paradis» est djennat: jardin.
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| mardi 05 janvier 2010, a 17:58 |
| Wahdâniyya |
Ô Dieu,je n'ai jamais prêté l'oreille au cri des bêtes
sauvages ni au bruissement des arbres,au clapotement des eaux ni au chant des
oiseaux,au sifflement du vent ni aux roulements du tonnerre sans percevoir en
eux en témoignage de Ton unité (Wahdâniyya) et une preuve de Ton caractère
incomparable. Tu es le Tout-Puissant,l'Omniscient,le Sage,le Juste,leVrai,en Toi
il n'est ni défaite,ni ignorance,ni folie,ni in justice,ni mensonge. Ô Dieu,je te
reconnais dans la preuve de l'oeuvre de Tes mains et dans le témoignage de Tes
actes : accorde-moi, ô Dieu,de chercher Ta satisfaction avec ma satisfaction et
les délices d'un Père dans son enfant,me souvenant de Toi dans mon amour pour
Toi,avec une sereine tranquillité et une ferme résolution.
Dhû-l-Nûn
Extr. de Anthologie du Soufisme
Eva de Vitray-Meyerovitch
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| mardi 05 janvier 2010, a 16:20 |
| Certitude |
"Celui qui marchait dans les ténèbres des nuits observa les
étoiles et alluma la lampe,
jusqu'au moment où, la pleine lune dirigeant sa lumière, il
délaissa les étoiles et attendit d'être au matin,
jusqu'au moment où, l'obscurité s'étant entièrement dissipée,
et ayant vu l'aurore briller à l'horizon,
il délaissa les lampes, toutes les étoiles et la pleine lune,
et guetta la lumière éclatante."
Ibn Arabi (La profession de Foi)
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| mardi 05 janvier 2010, a 16:13 |
| Où sont-ils ? |
Mes bien-aimés, où sont-ils ?"
Je t'adjure : "Où sont-ils ?"
En image je les vis,
Me les montras-tu en vrai ?
Maintes fois, maintes fois je les cherche,
Maintes fois je demande leurs faveurs !
Rassuré par la proximité/l'éloignement,
Je crains pour mon anéantissement.
Puisse mon bonheur s'interposer
Entre eux-mêmes et la distance,
Afin que l'oeil en jouisse
Et que cesse : "Où sont-ils ?"
Ibn Arabi (Le chant de l'Ardent Désir)
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| mardi 05 janvier 2010, a 15:38 |
| Malamâtiyya |
"Passions du Vrai qui toutes
entières naissent du Vrai Mais que ne peut atteindre la compréhension des
plus grands Car qu'est-ce que la passion sinon une inclination suivie d'un
regard Lequel propage une flamme parmi ces consciences ? Si le Vrai vient
habiter la conscience Trois états y redoublent au regard des clairvoyants
: Un état qui anéantit la conscience dans l'essence de sa passion Puis la
rend présente par la passion en état de perplexité Et un état où toutes les
forces de la conscience se nouent En se tournant vers une vue qui anéantit
tout voyant."
Hallaj (Poèmes Mystiques)
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| mardi 05 janvier 2010, a 00:35 |
| Station de la connaissance des connaissances |
Il m'arrêta et me dit :
Prête
ton écoute à l'une des langue de mon impétuosité. Lorsque je me découvre à un
serviteur, et qu'il me rejette, je retourne comme si j'avais besoin de lui ; ce
qui me décide c'est la générosité de mon antécédence, parmi ce que j'ai accordé
comme faveur. Et ce qui le pousse à agir de la sorte, c'est le refus qu'il
oppose à sa personne dont je suis le maître plus qu'il
n'est.
Et s'il
me repousse, je retournerai vers lui, et je continuerai à retourner, et lui à me
repousser, et repousser ; bien qu'il me voit le plus généreux des généreux. Et
je retournerai vers lui bien que je considère le plus cupide des cupides. Je lui
créerai une excuse s'il se présente devant moi. Je l'aborderai par la rémission
avant l'excuse, jusqu'à ce que je lui dise, en son for intérieur : "Je t'ai
affligé." Tout cela afin d'abandonner la vision qui l'aliène à moi, s'il demeure
parmi ce en quoi je me suis fait connaître à lui, je serai son compagnon, et il
sera mon compagnon ; mais s'il me repousse, je ne l'abandonnerai pas, à cause de
son rejet mêlé à son ignorance. Toutefois, je lui dirai : "Tu me repousses bien
que je sois ton Seigneur ? Et tu ne me désires pas, ni ne désires ma
connaissance." Et s'il répond : "Je ne te repousse pas", je l'accepterai de lui.
Et il en sera ainsi : à chaque fois qu'il me repoussera, je lui ferai avouer son
rejet. Et à chaque fois qu'il dira : "Je ne te repousse pas", je l'accepterai de
lui. Et si cela se reproduit et qu'il avoue : "En effet, je te repousse (bien
qu'il ait menti et persisté dans son obstination), j'arracherai mes
connaissances de son cœur, et elles s'inclineront vers moi, et je récupérerai ce
qu'il y avait de ma connaissance dans son cœur, jusqu'à ce que vienne son jour
où je ferai un feu des connaissances qui étaient entre nous deux, feu que
j'allumerai sur lui de mes propres
mains.
Celui-là c'est l'homme dont le feu jamais ne pourra rivaliser avec l'enfer parce que je me venge de lui pour moi même.
C'est celui dont les gardiens de l'Enfer ne
peuvent prêter écoute à aucune des modalités de son supplice, ni aucune des
descriptions du mauvais traitement que je lui infligerai. Je rendrai son corps
comme l'étendue de la terre dévastée, et je lui placerai mille peaux entre
chaque paire de peaux, comme l'étendue de la terre ; puis j'ordonnerai à chaque
supplice se trouvant sur terre d'advenir, et il adviendra dans l'intégralité et
la spécificité. Et se concentrera en une seule situation et dans chacun de ses
membres, tout supplice existant dans l'ici-bas dans sa spécificité et dans ses
multiples modalités. En raison de l'ampleur qui existe entre ses parties, et de
la grandeur de sa constitution que j'ai développée, pour lui faire subir le
supplice. Puis j'ordonnerai à chaque supplice imaginé par les vivants de
l'ici-bas de se produire, et ils se réaliseront intégralement conformément à
leur spécificité chimérique et se produire sur lui le supplice réel dans la
première peau, et le supplice imaginaire dans la deuxième peau. Puis
j'ordonnerai aux sept couches de l'enfer de se réaliser ; et se réalisera le
supplice de chaque couche en chacune de ses peaux.
Et s'il n'y a plus
de supplice ni celui de l'ici-bas ni celui de l'au-delà, sans qu'ils ne se
soient produits entre chaque paire de ses peaux, je lui montrerai – pendant que
je me révèle à lui – le supplice dont je me charge. Il me rejettera ; et une
fois qu'il l'aura vu, il distinguera à sa vue le supplice réel du supplice
imaginaire ; et distinguera pour son compte personnel le supplice des sept
couches ; et il continuera ainsi de faire la distinction entre le supplice de
l'ici-bas et le supplice de l'au-delà, afin que je puisse le punir par le
supplice que j'ai manifesté. Et je chargerai le supplice de ne pas le punir, il
sera confiant en mon acte, mais il continuera de le punir selon ma prescription,
il m'implorera cependant d'alléger le supplice de l'ici-bas et de l'au-delà, et
d'écarter de lui ce que j'ai fait paraître et je dirai à cet homme : "Je suis
celui qui t'a demandé " "est-ce que tu me repousses ?" et tu me répondras :
"Oui, je te repousse." Celle-ci est la dernière fois qu'il me
voit.
Ensuite je le
punirai par la portée et dans toute l'ampleur de ma science. Et ni la science
des savants ni la connaissance des gnostiques ne seront fixées sur ma manière de
parler.
Niffari (Le Livre des Stations) Trad. Mâati Kâbbal
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| mardi 05 janvier 2010, a 00:22 |
| Station des actes |
Il m'arrêta et me dit :
En ma présence, si tu
veux persister dans ton action, arrête-toi devant moi. Ni requérant, ni fugitif
vers moi ; car si tu me demandes et que je refuse ta demande, tu retourneras non
pas vers moi, mais vers la demande, ou tu retourneras vers le désespoir et non
pas vers la demande ; et si tu me demandes et que je réponds à ta demande, tu te
détourneras de moi pour aller vers ta demande.
Et si tu fuis vers moi, et
que je te protège, tu te détourneras de moi, pour te protéger contre la peur qui
t'inspire ta fuite, alors que moi, je désire lever le voile entre nous deux ;
arrête-toi donc devant moi, parce que je suis ton Seigneur et ne t'arrête pas
parce que tu es mon serviteur.
Il me dit :
Si tu t'arrêtes devant moi
considérant que tu es mon serviteur, tu vacilleras comme vacillent les
serviteurs mais si tu t'arrêtes devant moi parce que je suis ton Seigneur, se
produira pour toi mon décret perpétuel, et il t'opposera à
toi-même.
Niffari (Le Livre des Stations)
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| mardi 05 janvier 2010, a 00:12 |
| La station de la mort |
Il m'arrêta dans la mort
Et je vis toutes les actions corrompues, et je vis la crainte
régner sur l'espérance et je vis la richesse devenir feu et s'unir au
feu et je vis la pauvreté un opposant qui proteste et je vis qu'aucune
chose n'a de pouvoir sur une autre et je vis le royaume terrestre une chimère
et la royauté céleste une duplicité. Et j'appelais
"Ô science"et elle ne me
répondit pas et j'appelais " Ô connaissance"elle ne me répondit pas et je
vis que toute chose m'avait déserté, et que toutes choses créées m'avaient
fui ; et je demeurais seul. Et l'action vint à moi et je vis en elle
l'illusion dissimulée et ce qui depuis toujours est dissimulé et rien ne
me secourut excepté la miséricorde de mon Seigneur. Il me dit :
"Où est ta
science ?"
Et je vis le feu. Il me dit :
"Où est ton œuvre ?"
Et je vis le
feu. Il me dévoila ses connaissances uniques et le feu s'apaisa. Il me dit
:
"Je suis ta connaissance".
Et j'énonçai. Il me dit :
"Je suis celui qui te
cherche".
Et je me suis mis en route.
Niffari (Le Livre des Stations)
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| lundi 04 janvier 2010, a 23:52 |
| Qui es tu et qui suis je ? |
Il m'arrêta et me dit:
Qui es-tu et qui suis-je ? Et je vis le soleil, la lune, les
étoiles et toutes les lumières. Il me dit :
"Il n'est resté dans le courant
de mon océan nulle lumière que tu n'aies vu".
Et vers moi vint toute chose
jusqu'à ce qu'il n'en reste aucune, et chacune d'elle m'embrassa entre les yeux,
me salua et se tint dans l'ombre. Il me dit :
"Tu me connais et je ne te
connais pas." Et je le vis tout entier s'attacher à mon vêtement et ne pas
s'attacher à moi.
Et il me dit : "Celle-ci est mon observance".
S'inclina mon
vêtement, mais je ne m'inclinai pas ; et lorsque s'est incliné mon vêtement, il
me dit :
"Qui suis-je ?"
Alors le soleil et la lune s'obscurcirent, les étoiles
s'abîmèrent, les lumières s'évanouirent, et les ténèbres ensevelirent toutes les
choses excepté lui ; mes yeux ne virent plus, mes oreilles n'entendirent plus,
et s'éteignit ma sensibilité, et toute chose énonça :
"Dieu est le plus
grand". Et toute chose vint vers moi, une lance à la main, et il me dit :
"Sauve-toi".
Je répondis :
"Où fuir ?"
Il me dit :
"Précipite-toi dans les
ténèbres".
Je m'y précipitais et je m'aperçus moi-même. Il me dit :
"Tu ne
percevras jamais un autre que toi et tu ne quitteras jamais les ténèbres.
Mais
si je t'en exclus, je te montrerai à toi et tu me verras.
Et quand tu me verras,
tu seras le plus lointain des lointains."
Niffari (Le Livre des Stations)
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| lundi 04 janvier 2010, a 23:43 |
| La station de son pacte |
Il m'arrêta et me dit :
"Si je te désire à travers un compagnon, comme je désire – à travers toi – un
autre compagnon que toi, je t'imposerai cela dans "ta conscience intime", dans
ton sommeil et ton éveil, et ce au moyen d'une obligation que tu connaîtras sans
réfutation et tu me verras dedans, et je ne m'y dissimulerai pas à toi ; et afin
que tu ne puisses pas lui dire : "Je me lève en ton honneur" ; et pour ne pas
absoudre l'espace de ton cœur.
Niffari (Le Livre des Stations)
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| lundi 04 janvier 2010, a 17:23 |
| Ivresse |
Je baise sa lèvre et je bois du vin ; je découvre ainsi la
source de vie.
D'elle, je ne puis me plaindre à personne ; et je ne puis voir
personne avec elle.
Tandis qu'elle boit le sang (de la vigne), la coupe a baisé
sa lèvre ; et la rose, confuse, rougit voyant son visage.
Donne à boire ! et ne
parle plus du roi Djemchîd : qui sait quand il vivait, lui et les Kayanides ? ô
beau musicien ! joue donc de la harpe ; et fais-moi gémir en froissant les
cordes.
La rose, sortant de sa solitude, est venue poser son trône au jardin ;
plie donc le tapis de la tempérance, tout aussi serré qu'un bouton de fleur.
Ne
laisse donc pas l'ivrogne languide comme le regard de l'objet aimé ; pour lui
rappeler sa lèvre vermeille, verse-lui du vin, encore, échanson !
Mon âme
n'aspire en aucune sorte à se séparer du corps de sa belle : c'est qu'en tout
mon corps — mes veines, mes nerfs — s'est insinué le vin de sa coupe.
Hâfez !
tiens ta langue un moment ; la flûte parlera pour ceux qui ne parlent
pas.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 17:15 |
| Carpe Diem |
Quoi de meilleur que le plaisir : jardin, printemps et doux
commerce ?
Où donc est passé l'échanson ?
Qu'attend-il donc ?
Oh ! dis-le moi.
Des bons moments que la fortune te fournit, sache profiter, car nul ne peut
savoir d'avance quelle sera la fin des choses.
Sois en éveil ! notre existence
est suspendue par un cheveu.
Sache te consoler toi-même : de quoi le sort
s'attriste-t-il ?
Que signifient l'eau de Jouvence et le jardin du paradis,
sinon le bord d'un ruisselet et le vin qu'on boit aisément ?
Le ciel lui-même
connaît-il le secret voilé ?
Fais silence, ô chercheur ! pourquoi discuter avec
celui qui tient ce voile ?
Si Dieu ne considérait pas mes erreurs et mes
manquements, que signifieraient en ce cas son pardon, sa miséricorde ?
Le dévot
cherche le nectar de l'éden ; Hâfez, une coupe ; auquel des deux le Créateur
donnera-t-il la préférence ?
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:31 |
| Brièveté de la vie |
L'haleine du vent matinal répandra de nouveau son musc ; le
vieux monde, encore une fois, retrouvera de la jeunesse.
Au jasmin l'arbre de
Judée se prépare à offrir sa coupe rouge comme la cornaline ; et de nouveau
l'œil du narcisse se tournera vers l'anémone ; le rossignol déplorera devant la
tente de la rose l'esclavage qu'il a subi sous le chagrin de son absence.
Si de
la mosquée je m'éloigne pour m'en aller aux cabarets, ne me le reproche donc
pas : si le sermon nous paraît long, le temps de la vie est bien court !
Si tu
remets au lendemain le plaisir de ce jour, ô cœur ! qui donc pourra nous assurer
que ce plaisir nous restera tout comme de l'argent comptant ?...
La rose est
chose précieuse ; profite donc de sa présence : elle s'en ira du jardin aussi
vite qu'elle est venue.
Les amis se sont assemblés ; chante pour nous, ô
ménestrel ! Combien de fois diras-tu donc :
« Comme le temps qui est passé, le
moment présent passera. » C'est pour toi qu'est venu Hâfez dans le domaine de la
vie ; fais un pas pour lui dire adieu, car bientôt il
disparaîtra.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:26 |
| Inconstance de ce monde |
Ne donne pas ton cœur à ce monde, à ses biens : de sa
fidélité, nul ne vit jamais rien ; nul n'en mangea le miel sans subir sa
piqûre ; et nul en ce verger ne put cueillir les dattes sans subir les épines ;
et tout flambeau qui fut allumé par ce monde, fut éteint par le vent aussitôt
qu'il brilla.
Celui qui sans souci donna son cœur au monde nourrit son ennemi
—
as-tu bien vu cela ?
Le roi victorieux, le conquérant du monde, le prince dont
le sabre était tout teint de sang, tantôt d'un seul élan détruisait une armée,
tantôt par un seul cri en enfonçait le centre ; et par crainte de lui, le lion
rentrait ses griffes lorsque dans le désert il entendait son nom ; sans motif,
il mettait en prison les seigneurs, et il décapitait impunément les braves ; or,
pour finir, Chirâz et Tabrîz et l'Iran, il conquit tout cela ; mais son terme
survint ; et le destin brûla, d'un fer chauffé à blanc, ces yeux qui d'un regard
embrassaient l'univers, les yeux du roi par qui le monde voyait
clair.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:22 |
| Félicité |
Ils ont passé les jours et nuits durant lesquels je me
trouvais bien loin de cet objet que j'aime.
J'ai consulté le sort, et l'astre
favorable s'est montré ; maintenant mon épreuve a pris fin.
Toute la grâce et
tous les plaisirs de l'automne sont oubliés enfin au souffle du printemps.
Dieu
soit loué ! bientôt s'épanouira la rose: finis, le vent hautain de décembre, et
les ronces !
A l'aube de l'espoir recueilli sous le voile, dis :
« Dévoile-toi
donc ! la nuit sombre est finie. »
La tristesse de mes interminables nuits, le
chagrin de mon cœur, tout cela se termine, car j'ai trouvé votre ombre, ô
boucles de ma belle !
Je n'ai plus lieu de croire aux perfidies des jours : à la
séparation succède l'union.
Echanson ! tu m'as bien traité.
Qu'on emplisse de
vin ta coupe ! car grâce à tes bons procédés, le trouble du spleen a pris fin.
Bien que Hâfez ne compte aux regards de personne, il remercie, car cette
épreuve, sans nombre ni borne, a pris fin.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:18 |
| Invocation |
Toi, tu es comme le matin.
Je suis comme une lampe, à l'aube,
dans une chambre solitaire.
Daigne donc me sourire ! et vois comment je te livre
ma vie.
Tes cheveux en désordre ont tant brûlé mon cœur que la tombe pour moi
serait lit de violettes.
Je me tiens, l'œil ouvert, au seuil de ton désir,
attendant un regard ; mais tu t'es dérobée.
Que je te remercie ! Oh ! que Dieu
te protège ! O mère des chagrins ! le jour que je suis seul, tu ne sors pas de
mon esprit.
De la pupille de mon œil je suis esclave : malgré que son cœur soit
bien noir, elle fait pleuvoir mille pleurs, quand je dénombre mes douleurs.
Mon
idole à tous les regards se dévoile ; et pourtant personne ne surprend ce clin
d'œil que moi je sais bien voir.
Si sur ma tombe, à moi Hâfez, ma bien-aimée
passait comme le vent, je mettrais en lambeaux, à force de désir, mon linceul
dans ma fosse étroite.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:13 |
| Solitude |
Toi qui es loin de mes regards, c'est à Dieu que je te
confie ; tu m'as brûlé l'âme ; pourtant je te chéris de tout mon cœur.
Tant que
je n'entraînerai pas le pan de mon linceul sous terre, ne crois pas que
j'enlèverai du pan de ta robe ma main.
Montre-moi le recoin sacré de ton
sourcil : au point du jour, j'étendrai les bras pour prier et pour les jeter à
ton cou...
Je veux mourir en ta présence, ô toi, perfide médecin !
Je suis dans
l'attente de toi ; enquiers-toi donc de ton malade.
De mes yeux j'ai fait
ruisseler sur mon sein cent fleuves de pleurs, en songeant aux graines d'amour
que je sèmerai dans ton cœur.
L'objet aimé versa mon sang, me sauvant du chagrin
d'amour ; je rends grâces de ton œillade pénétrante comme un poignard.
Je suis
en larmes ; mon désir, quand mes pleurs coulent à torrents, ce serait de pouvoir
semer dans ton cœur le grain de l'amour.
Reçois-moi généreusement pour que, dans
l'ardeur de mon cœur, de mes yeux je laisse tomber à tes pieds des perles, sans
cesse. Hâfez ! nectar, objet aimé, débauche ne sont point ton fait ; à tout
cela, tu t'es livré ; je te pardonne cependant !
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:08 |
| La rose et le rossignol |
J'allai de bonne heure au jardin pour cueillir la rose ;
soudain la voix du rossignol vint à mes oreilles.
Le pauvre souffre comme moi
par amour d'une rose ; et il répand dans la prairie le bruit de ses plaintes.
Je
faisais sans cesse le tour du jardin, de l'herbage ; ce rossignol et cette rose
occupaient ma pensée : la rose est l'amie de l'épine ; et le rossignol l'aime ;
l'un ne reçoit nulle faveur ; l'autre ne change pas. Or donc le chant du
rossignol éprouvait tant mon cœur qu'il ne me resta plus la force de l'écouter
encore.
Mainte rose s'est épanouie dans ce jardin : personne n'en a pu cueillir
une seule sans souffrir des épines.
Hâfez ! n'espère nul plaisir du mouvement
céleste, car on lui voit mille défauts, mais pas une bonté.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 16:03 |
| L’abandonné |
Elle a repris son cœur et caché son visage.
Ô Dieu ! avec qui
donc puis-je mener mon jeu ?
Quand mon âme aspirait à la nuit solitaire, sa
vision m'apporta des grâces infinies.
Pourquoi donc n'ai-je pas le cœur
ensanglanté tout comme la tulipe, alors que de son œil semblable à un narcisse
elle m'a contristé.
Ô cuisante douleur ! comment pourrais-je dire que le mire
céleste a soigné ma pauvre âme ?
Elle m'a consumé comme un cierge, de sorte que
la bouteille à long goulot pleura sur moi, et que le luth gémit, ayant pitié de
moi.
Ô vent ! voici le temps si tu sais un remède, car le mal du désir a menacé
ma vie.
Comment donc avouer, au milieu d'êtres tendres :
« Mon amie dit ceci,
mais elle a fait cela » ?
L'ennemi n'a pas fait contre ta vie, Hâfez ! ce que
causa le trait décoché par cet œil sur lequel le sourcil s'incurve comme un
arc.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 15:59 |
| J’ai perdu mon cœur |
Musulmans ! autrefois je possédais un cœur ; je parlais avec
lui si j'avais une peine.
Quand je tombais dans un tourbillon de chagrin, ce
cœur me permettait d'espérer le rivage.
Cœur pitoyable, ami de ma tranquillité,
qui servait de refuge à tout homme de cœur.
Dans la rue de l'objet aimé, je l'ai
perdu...
Ô Seigneur ! cet endroit, qu'il était attachant !
La vertu ne va pas
sans désappointement ; mais quel solliciteur fut plus frustré que moi ?
Soyez
donc pitoyables à mon âme troublée : elle était autrefois parfaitement lucide.
Depuis qu'amour m'apprit à m'exprimer en vers, mon cas fait le piquant de toute
réunion.
Ne dis plus que Hâfez est un homme subtil : nous le voyons, il est
ignorant consommé.
Hâfez (Diwân)
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| lundi 04 janvier 2010, a 15:51 |
| Loin de l’objet aimé. |
Ô vent ! S'il t'advient de passer sur la rive du fleuve Araxe,
baise le sol de la vallée et parfumes-en ton haleine.
Les lieux où s'arrêta
Selma — qu'à tout instant de notre part cent saluts s'envolent vers elle ! — tu
les trouveras tout bruyants de conducteurs de caravanes et du tintement des
clochettes.
La litière de mon amie, baise-la !
Puis, en gémissant, présente-lui
donc ce message :
« Je me consume en ton absence ; tendre beauté, viens à mon
aide ; dans les propos des conseillers, je n'ai vu qu'un air de musique ; je
suis affligé par l'absence ; cela seul me sert de leçon »...
Une intrigue
amoureuse, ô cœur ! n'est pas un simple amusement ; joue ta vie ! L'on ne peut
frapper avec le maillet du désir la balle qu'est le pur amour.
Mon cœur renonce
à l'existence, avec zèle, si son amie lui jette un regard langoureux, bien que
les sages ne renoncent pour personne à leur libre arbitre.
D'autres, pareils aux
perroquets dans un champ de cannes à sucre, vivent au gré de leurs désirs, quand
moi, soupirant de regret, moi, misérable moucheron, de mes mains je frappe ma
tête.
Mais si mon nom vient à la pointe de la plume de mon amie, c'est là tout
ce que je demande à la suprême Majesté.
Hâfez (Diwân)
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| Présentation |  "Ayant bu des mers entières,nous restons tout étonnés que nos lèvres soient encore aussi sèches que des plages;et toujours cherchons la mer pour les y tremper,sans voir que nos lèvres sont les plages et que nous sommes la mer."
"Farid Ud-Din Attar"
Envoyer un mail à l'auteur | |
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"Nous ne vivons que pour découvrir la beauté.Tout le reste n'est qu'attente"
(Khalil Gibran)
Sainte montagne
Lorsque tes cimes enneigées scintillent
Sous les rayons du soleil matinal
Une fascination étrange
Prend place en mon coeur
Et soudain tout devient possible
Ton pouvoir est indéniable
Ta beauté me laisse sans voix
Biblique devient ton attirance
Me laissant ainsi reposer
Sur ma propre insignifiance
Le regard perdu dans tes brumes
Silencieux et oubliant des saisons
Admirant tes mots de lumière
Qui s'écoulent de la vallée des créations
Jusqu'à l'océan de l'éternité
Ton doux appel me parvient
Meublant ma solitude
Interpellant mon âme:
Va
Marche
Oublies tout ce que tu as vu
Oublies aussi tout ce que tu as entendu
Oublies tout ce que tu as souffert
Et tout ce qui a été pour toi réjouissances
Car tout est illusions et ombres
De ce qui existe de l'autre côté
Car le but c'est l'autre côté de la montagne
Tu en ignores les splendeurs
Tu en ignores les vastes prairies verdoyantes
Tu en ignores toutes les joies terrestres
Résumées en une
Tu en ignores les sources vives
Qui inventent l'eau à chaque instant
Et chaque puits n'est que le reflet
De cette eau que tu n'as encore jamais bue
Ces splendeurs et cette eau
Justifient à elles seules
Toutes les souffrances ici bas
Cette montagne c'est l'Amour
Plus fort
Que l'amour de toutes les femmes
De toutes les mères
Elle est la vie réunissant l'écheveau
De toutes les vies épars
Sur la surface des mondes
Viens plus près
Toi et moi sommes un en esprit
Abandonne toi au silence
Avance
Nu et solitaire
Dans la liberté de ton coeur
Tu es mon rêve
Et je suis ton éveil
A travers toi
Je me pare de beauté
A travers moi
Tu es au delà de tout ce qui peut être.
Grisé par cet appel
J'avançais
Dans ce temple de la nature
Tout en ce lieu vibrait
Telles les cordes d'un violon
Sous l'archer d'un maître
De sa grâce éthérée
Le temps me transporta au delà de l'espace
Chacun de mes pas semant une prière
Dans ce sanctuaire de beauté
Derrière moi vacillantes
Entre espoir et Amour
Commencent à s'estomper
Les lumières de mon passé clandestin.
Angelheart